Afghanistan: Les médias et les réseaux sociaux chinois fustigent la «débâcle» américaine

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L’effondrement du gouvernement afghan et le retour des talibans ont entraîné l’évacuation de la plupart des chancelleries jusqu’ici présentes à Kaboul, à l’exception notable, pour l’instant, des ambassades de Chine et de Russie. À Pékin, on juge durement ce qui est qualifié de défaite américaine dans la presse d’État et sur les réseaux sociaux.

 

Ce n’est pas la première fois que l’Amérique a les oreilles qui sifflent sur les réseaux sociaux chinois, mais ce lundi 16 août 2021, au lendemain de la prise de Kaboul par les talibans afghans, c’est peut-être encore plus le cas que d’habitude.

On assiste actuellement à un véritable déferlement de critiques à l’encontre de ce qui est perçu comme une débâcle occidentale en Afghanistan. Les mots « abandon », « trahison », ou l’expression « tout ça pour ça » inondent les commentaires.

« Les impérialistes fuient une nouvelle fois la queue entre les jambes », se moque un internaute sur le réseau Sina Weibo. « Combien d’alliés les États-Unis ont-ils abandonnés ? », demande-t-il, implacable.

« Ceux qui peuvent fuir ne sont pas des citoyens ordinaires », peut-on également lire. Ou encore : « Après vingt ans en Afghanistan, la promesse de démocratie et de prospérité des États-Unis n’a pas été tenue. »

Bien au contraire, ajoute ce dernier « weibonaute », « ils ont créé des millions de réfugiés ». Il reprend ainsi, du moins pour partie, l’un des angles d’attaque concoctés par les médias d’État du régime de Pékin après l’échec américain.

Kaboul et Capitole

Deux jours, vingt ans : les deux unités de temps sont mis en parallèle par Pangpai, qui revient sur ce week-end de combats entre talibans et les forces de sécurité afghanes, ces 48 heures lors desquelles « le ciel a changé en Afghanistan », selon le site officiel.

Les claviers les plus nationalistes font le rapprochement entre le départ des Américains de Saïgon, dans un Vietnam du Sud agonisant, en 1975, et celui qu’ils viennent d’opérer à Kaboul en ce 15 août 2021 face à l’avancée fulgurante des talibans.

Certains poussent la caricature de la supposée déconfiture américaine en comparant la reprise de la capitale afghane par les insurgés aux scènes de chaos observées l’an dernier à Washington, lorsque des partisans de Donald Trump ont envahi le Capitole.

« Le changement de pouvoir en Afghanistan est plus doux que la transition présidentielle aux États-Unis », fait-on remarquer.

Pour l’instant, les autorités chinoises font peu de commentaires. Pékin et Moscou n’ont pas signé la déclaration des 65 pays qui demandent ce lundi « à toutes les parties de faciliter le départ des ressortissants étrangers qui souhaitent quitter le pays ».

La Chine, qui partage 76 km de frontière avec l’Afghanistan, espère des « relations amicales » avec les talibans. Pékin « respecte le droit du peuple afghan à décider de son propre destin et de son avenir », a affirmé devant la presse une porte-parole de la diplomatie chinoise, Hua Chunying. « Les talibans ont indiqué à plusieurs reprises leur espoir de développer de bonnes relations avec la Chine », a-t-elle relevé, avant de confirmer que l’ambassade pékinoise à Kaboul « continue de fonctionner normalement ».

La RPC appelle les nouvelles autorités à assurer la sécurité de ceux qui sont restés sur place. Depuis des semaines, le pouvoir chinois a décrit comme étant « irresponsable » le retrait ordonné par Joe Biden au printemps, et qui débouche directement sur la situation présente. Le Parti communiste craint tout particulièrement le risque d’une guerre civile à outrance chez son voisin. Face au risque de chaos, il a entamé dès septembre 2019 des discussions avec les talibans, dont une délégation avait été reçue à Pékin.

La dernière rencontre officielle dans le pays remonte à fin juillet. Le numéro deux des talibans, le mollah Baradar, s’était notamment entretenu avec le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi.  La Chine a aussi rallié, en 2016, l’Afghanistan à son grand projet d’infrastructures des « nouvelles routes de la soie ». Mais faute de sécurité, les investissements chinois restent modestes : 4,4 millions de dollars en 2020, selon le ministère chinois du Commerce.

rfi.fr

Société – Matin Libre

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