Bénin: Finalement qui a « saboté » la réélection de Talon ?

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(Ça prend trop de temps, ça ne ressemble pas aux agissements de la Rupture)

 Il paraît que le Pouvoir de la Rupture dirigé depuis 2016 par Patrice Talon ne sait pas distinguer l’eau chaude de l’eau froide. Que tu sois de l’opposition ou que tu te réclames de la Majorité présidentielle, dès que tu es reconnu fautif dans telle ou telle affaire, ça ne pardonne pas. On ne te couvre pas. Tu réponds de tes actes, en effet. Cette thèse, tout le temps battue en brèche par nombre de Béninois, semble ne pas être à nouveau vraie. Et pour cause, depuis les bourrages flagrants d’urnes à la présidentielle du 11 avril 2021, qui a consacré la réélection, à un score fleuve inédit au plan national, du président-candidat à sa propre succession, aucune interpellation y afférente. Du moins, pour les arrestations post-électorales effectuées à la pelle, cette charge n’est pas encore retenue contre X, en dehors des cas les plus connus qui seraient dans les liens de la justice pour « terrorisme » ou « appartenance à une organisation terroriste ». Et pourtant ça ne ressemble pas à la façon dont la Rupture opère quand ça concerne surtout une certaine opposition dans le pays. Qui sont alors les auteurs et commanditaires des bourrages humiliants d’urnes dénoncés par la plateforme des observateurs de la société civile, et dont les vidéos et audio ont fait le tour de la toile dans la soirée de l’élection ?

 

« Sabotage » et la menace de sévir…

Tellement les vidéos des bourrages d’urnes étaient d’une bassesse inouïe que le gouvernement a dû effectuer une sortie médiatique, les jours suivants, pour tenter de dégager la balle au loin. Le jeu en valait la chandelle. C’est quand même de la réélection de Patrice Talon qu’il s’agit. Le réformateur qu’on a présenté, jusqu’à l’élection, comme populaire, adulé par son peuple. Mieux, il sortait successivement d’une tournée nationale et d’une campagne électorale où il aurait été porté en triomphe. Les 86% à publier par la Cour constitutionnelle devrait pouvoir se justifier pour enterrer définitivement le faible taux de participation agitée par un groupe d’observateurs connus. Le 13 avril donc, une conférence de presse a été organisée avant cette proclamation des résultats par le juge constitutionnel et du contentieux électoral. La quintessence de cette sortie est que le gouvernement a promis de poursuivre les auteurs de ce qui a été qualifié de « sabotage du processus électoral par de supposés actes de fraudes ».  Léandre Houngbédji, alors Directeur de la Communication à la Présidence de la République, plante le décor en martelant que ces images qui ont circulé à la face du monde « sont si ostentatoires et grotesques qu’il est clair pour nous qu’un acte de fraude ne peut s’organiser de façon aussi flagrante ». Et d’alléguer ensuite : « Nous sommes plutôt en présence d’une opération montée de toutes pièces pour tenter de jeter du discrédit sur le processus ». L’ex Ministre de la Communication et de la Poste, Porte-parole du gouvernement, Alain Orounla, lui, tentera de pousser le bouchon loin : « Ces actes sont la conséquence des appels au boycott et au sabotage lancés, certes, par des compatriotes, mais qui ont démontré qu’ils sont devenus des ennemis de la démocratie ». Il a d’ailleurs établi un lien entre cet épisode et les violences préélectorales. Et selon lui, ces actes sont « manifestement et incontestablement imputables à ceux qui, bien que recalés, ont dit que le processus électoral n’aura pas lieu ». Dans sa posture de praticien du droit et de Garde des Sceaux, ministre de la Justice, Séverin Maxime Quenum notait, il y a un peu plus de deux mois, que tout avait été mis en œuvre pour que le scrutin présidentiel se déroule dans la transparence et la quiétude. D’où, pour les cas de fraudes observées, il affichait une certaine fermeté : « vous devez noter avec moi qu’il s’agit de faits extrêmement graves et qui violent les dispositions du code électoral qui stipule que nul ne peut être admis à trafiquer, à altérer ou à manipuler les bulletins de vote ». Conclusion, il disait qu’il a déjà « instruit les procureurs territorialement compétents pour faire ouvrir immédiatement les enquêtes à l’effet de savoir les circonstances dans lesquelles ces faits se sont produits, ces images ont été enregistrées pour être diffusées par la suite ». Et il a été même dit que s’il est établi qu’il y a eu fraude, toutes ces personnes feront l’objet de poursuites. Plus de deux mois après cette conférence de presse tenue dans la foulée, aucun procureur n’est venu livrer les résultats d’une enquête qu’il aurait ouverte « immédiatement » ? Si jusque-là aucune poursuite n’est engagée officiellement contre X dans le  cas d’espèce, veut-on insinuer que malgré les vidéos il n’y a pas eu fraude ? Et si dans le rang de l’opposition on n’est peut-être pas encore parvenu à retenir cette charge contre quelqu’un, et dans la Mouvance où on dit qu’on ne traite pas différemment les soutiens ? N’y-a-t-il aussi personne qui soit présumé auteur ou commanditaire de ces actes? Le temps de la justice n’est pas celui du calendrier ou de l’horloge diront certains. Pourtant c’est allé si vite dans d’autres dossiers au point où on est à des centaines d’arrestations déjà.  Paradoxe inexplicable !

 

Mike M.

Politique – Matin Libre

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