Bénin ; naissance de l’academie nationale

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Le Vendredi 12 Avril 2013, le Chef de l’Etat a installé, avec la solennité qui convient, l’Académie National des Sciences, Arts et Lettres du Bénin.
L’installation par le Chef de l’Etat lui-même souligne suffisamment l’importance de l’Institution qui vient de naître. Nous devons nous en réjouir sincèrement et féliciter sans réserve les initiateurs de cette Société Savante.
En effet, il s’agit d’une Société Savante, d’une Haute Instance Scientifique, constituée des Sommités des Universités de notre pays, et qui a pour vocation de :

Encourager et animer la vie scientifique artistique et littéraire de notre pays.

Contribuer aux progrès des Sciences, des Arts et des Lettres au Bénin et dans le monde, dans le respect de l’Ethique et de l’Objectivité

Etudier les problèmes de notre Société pour soumettre des recommandations aux décideurs de notre pays
Nos Académiciens ne doivent donc pas s’enfermer dans une tour d’ivoire et dormir sur leurs lauriers ! Ils ont mission, au contraire, de s’immerger, plus que jamais dans notre Société, pour promouvoir et entretenir le dialogue entre :

Les Savoirs dont ils sont détenteurs, et les Pouvoirs, c’est-à-dire les décideurs

Les Savoirs et la Société, source des problèmes pour lesquels ils ont mission de trouver des solutions
Bref, nos Académiciens ont du pain sur la planche, et comme ils sont des pionniers, il leur est interdit de dormir sur leurs lauriers.
Mais quand on examine la liste des membres fondateurs, on ne peut s’empêcher de faire quelques observations. Avant de formuler les miennes, je tiens à affirmer, d’entrée de jeu, que tous nos 25 premiers Académiciens méritent de figurer dans notre Académie Nationale, en leurs grades et qualités. Leur compétence et mérite ne sont donc pas en cause.
Cependant certaines absences m’étonnent, dont j’ai déjà parlé très brièvement avec le Professeur Eusèbe ALIMONOU, Président de notre Académie, à la sortie d’une messe. Il s’agit de l’absence de Professeurs suivants :
1-Le Professeur Alfred Comlan MONDJANAGNI, Premier Docteur d’Etat en Géographie de notre Pays, sauf erreur de ma part – Il a été le Directeur de l’Institut des Recherches Appliqués du Dahomey (IRAD), avant de créer et de diriger le Département de Géographie de la FLASH/UNB. Est-ce parce qu’il est à la retraite qu’on n’a pas pensée à lui ? Pas sûr, puisque beaucoup de membres fondateurs sont déjà à la retraite !
2-Le Professeur Honorat AGUESSY, Premier Docteur d’Etat en Sociologie de notre pays, Ancien Doyen de la Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines de ‘Université Nationale du Bénin (FLASH-UNB). Il est le Promoteur et Directeur de l’Institut pour le Développement des Etudes Endogènes, grand Centre de Rencontres et de Réflexions Intellectuelles dans notre Pays !
3-Le Professeur Gualbert AHYI, Premier Agrégé de Psychiatrie de notre Pays, et Directeur, pendant près de dix (10) ans (d’Août1979 à 1988 !), du Centre de JACKOT de Cotonou, pour les malades mentaux.
4-Le Professeur Vincent DAN, note premier Agrégé de Pédiatrie, suivi par Victor AGBESSI. Il est devenu le deuxième (2 me) Recteur de l’UNB, après le Professeur Edouard ADJANOHOUN. Il est certes à la retraite, mais il est encore en vie !
5-Le Professeur Edouard ADJANOHOUN, Premier Docteur d’Etat en Botanique de notre Pays, Premier Recteur de note Université Nationale à sa création en 1970. A la retraite, mais encore en vie !
6- Le Professeur Henri TOSSOU, note premier agrégé d’Urologie ; à la retraite, mais encore en vie ! Est-ce parce qu’il n’a jamais enseigné au Bénin qu’on n’a pas pensé à lui ?
7-Le Professeur Maurice AHANHANZAN GLELE. Notre Premier Agrégé en Droit du Dahomey devenu Bénin, Père de la Constitution de 1990 :
Directeur de ‘Institut des Droits de l’Homme et de Promotion de la Démocratie.
Je me souviens que les Professeurs DAN Vincent, Henri TOSSOU, René ZINSOU, Alfred et Cyprien Aïnan QUENUM, faisaient la fierté des gens de ma génération. En effet, ils étaient tous titulaires de l’Agrégation en Médecine, dans le cadre français. Ce sont eux, avec leurs élèves (‘ai nommé les Professeurs ALIMONOU et AHYI) qui ont créé la Faculté de Médecine de l’UNB (aujourd’hui UAC) installée au Champ de Foire à Cotonou.
Le Professeur Alfred QUENUM n’est pas rentré enseigner au pays ; mais c’est lui, alors Directeur Régional de l’OMS pour l ‘Afrique, qui a doté notre pays de l’Institut Régional de Santé Public (IRSP), implanté aujourd’hui à Ouidah. Je me souviens également que leur représentant élu, le Professeur Rèné ZINSOU, faisait partie de la délégation du Dahomey partie en 1969 à l’UNESCO pour négocier la création de notre Université Nationale (UNB).
Mais en dehors de ces médecins célèbres, qui ont connu leurs heures de gloire, je vois encore trois aînés dignes de figurer dans notre Académie, pour avoir beaucoup écrit : J’ai nommé Jean PLIYA, Olympe BELLY QUENUM et Albert TEVOEDJRE. Nous nous plaignons souvent, avec raison, du fait que notre pays compte peu d’écrivains, quand on le compare à des pays comme le Sénégal, le Cameroun, et même le “‘petit” (par la population !) Congo ! Raison de plus pour exploiter la naissance de notre Académie pour honorer les quelques-uns qui se sont illustrés dans l’écriture. en les faisant figurer dans celte Société Savante !
Comme je sais que les 25 premiers membres de notre Académie ne constituent qu’une première fournée ; et qu’ils doivent porter leur nombre à 50 par cooptation, je suggère qu’ils pensent à leurs aînés dont je viens de parler – Car ce sont les aînés qui ont été “‘oubliés” dans le premier choix, sur la base de critères qui n’apparaissent pas clairement.
Mais j’ai peur de la difficulté suivante qui peut surgir : Les aînés, qui sont parfois les Professeurs des promus actuels, accepteront-ils d’être cooptés par leurs cadets qui sont, pour quelques-uns, leurs élèves, dans une Institution qui se définit précisément comme une Haute Instance Scientifique ? C’est ici que je fais confiance aux qualités de diplomate du Président ALIHONOU, accompagnés de deux ou trois de ses paires, pour rencontrer et discuter avec leurs aînés, en âge et en science.
A part cette critique sur les absents célèbres (il y en a certainement d’autres, en cherchant bien !) il y a deux orientations que je voudrais proposer avant de conclure.
Notre première Académie est polyvalente, à savoir qu’elle regroupe des Sommités Scientifiques de disciplines différentes. Il est souhaitable, qu’avec le développement des différents domaines du savoir chez nous, elle donne naissance à des Académies spécialisées comme :

L’Académie des Belles Lettres

L’Académie des Sciences

L’Académie des Arts

L’Académie des Sciences Morales et Politiques, pour ne citer que celles-là
Il n’y a aucune urgence à créer ces nouvelles Institutions. L’essentiel, c’est de démarrer avec une Académie Nationale unique dont l’une des tâches, précisément, sera de veiller à la naissance de ses différentes “‘filles” comme conséquence logique du développement des différents domaines du savoir. Tout cela doit se faire dans le respect de l’éthique et de l’objectivité. Il ne faut surtout pas créer des Académies folkloriques, dans le seul souci de “‘caser”‘ des “‘oubliés” de la première crue. Et sur ce point nos Autorités Politico Administrative doivent veiller aux grains. Le pouvoir politique ne doit pas distribuer de fusses couronnes scientifiques à des “‘clients’*, comme il distribue actuellement les galons de généraux ! Ce qui se fait dans l’Armée sans grande conséquence, sauf à la transformer en Armée Mexicaine (ou malienne pour ne pas aller trop loin !), serait désastreux dans le domaine scientifique. Il faut absolument reconnaître à la seule Académie Nationale qui vient de naître le pouvoir exclusif, (sur la base de textes précis et clairs à prendre), d’installer de nouvelles _Académies au rythme du développement réel des connaissances dans les différents domaines du savoir.
Par ailleurs, comme sur le plan politique, nous militons plus que jamais pour l’Unité Africaine, de même, dans le domaine scientifique, nous devons rechercher la création d’une Académie Africaine digne de ce nom. Je ne sais pas comment a été constituée celle représentée par Mr Amadou Lamine NDIAYE, à la cérémonie du 12 Avril 2013 à l’UAC, sur le Campus ‘Abomey Calavi. Mais l’Académie Africaine dont je rêve doit être une émanation des Académies Nationales, par écrémage par le haut. On peut procéder par tape, en commençant par de Académies Régionales, correspondant à nos regroupements régionaux en constitution, comme la CEDEAO, la CEMAC, la SADC, l’UMA…etc. Mais comme pour les Académies Spécialisées, il faut éviter la précipitation et veiller à installer des Institutions vraiment représentatives et de très haut niveau. Nous ne devons pas valider des structures, montées à la hâte par des mégalomanes, et qui ne représenteraient qu’eux-mêmes et eux seuls !
Donc à partir des Académies Nationales, créer vers le bas des Académies Spécialisées : et vers le haut des Académies Régionales, étapes vers la création d’une Grande Académie Africaine, digne de ce nom.
Il y a, pour finir, une Académie dont j’ai toujours rêvé personnellement, c’est l’Académie de la langue fon. Ici le critère de recrutement ne sera ni l’Agrégation, ni le Doctorat d’Etat, mais une connaissance profonde et une maîtrise avérée de la langue Fon. J’y voyais volontiers mon cousin Barnabé Gnanwodo BEHANZIN et mon ami Mathias GOITO, aujourd’hui décédés tous les deux ; mais aussi mon jeune frère Albert KINHOUANDE, qui s’est illustrée à la Radio Nationale au cours de la période dite révolutionnaire – Je fais confiance aux Professeurs Georges G. GUEDOU et Bienvenu A. AKOHLA, encore vivants et bien vivants, pour en apprécier l’opportunité et prendre l’initiative dans ce domaine. J’estime, en effet, que la Commission Nationale pour la Langue Fon a fini pour l’ essentiel ses tâches. Il s’agit maintenant d’aller plus loin, dans un cadre nouveau, pour fouiner, découvrir et assembler les meilleurs connaisseurs de la langue Fon, pour son développement.
Je conclus en saluant à nouveau la naissance de notre Académie Nationale et en félicitant derechef ses Membres Fondateurs. Tous, sans exception, méritent d’y figurer. La tâche qui les attend est immense, colossal, diversifié et inclut, entre autres, le développement de notre pharmacopée pour la hisser au rang d’une véritable science ; mais aussi le développement de nos langues nationales pour en faire des véhicules modernes de transmission des connaissances. Désormais, ils constituent les chevilles ouvrières pour le développement rapide et harmonieux de nos différents savoirs, y compris nos connaissances endogènes.
Bon vent à tous
Et vive l’Académie Nationale du Bénin
Jean Roger AHOYO
Daa GOUDJEMAN
Cotonou le 15 Mai 2013
N.B : Document repris le 02 octobre 2021 pour éliminer quelques coquilles. Huit(08) ans après, le texte n’a pas vieilli !!!

Fraternité

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