Chronique du Dr Elvis Abou: « DIEU A DONNE, L’HOMME A REPRIS »

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« Dieu a donné, Dieu a repris », cette formule lapidaire qui vient souvent conclure de tristes évènements est suffisamment connue dans nos pays ancrés dans le religieux.  Dans nos pays où la mort semble avoir plus d’importance que la vie, cette formule arrange parfois les choses. Elle adoucit les ardeurs et les rancœurs. Elle calme les tensions et apaise les cœurs. Elle soulage les consciences individuelles et collectives. Elle permet à toute la société de se déculpabiliser en trouvant un auteur à tout ce qui lui arrive.

 

Au final, l’homme n’est plus responsable de rien, puisque c’est Dieu l’auteur de la vie qui vient la reprendre. Ce Dieu, parfois si proche, souvent si éloigné, sur qui les hommes rejettent leurs échecs, leurs erreurs, et quelques fois leurs fautes et leur mauvaise foi. Il est effectivement plus simple de le prendre pour responsable et auteur de tout. Ce Dieu qu’on ne voit pas et qui ne saurait se défendre. Ce Dieu Tout-Puissant qui décide de tout et qui soumet l’humanité à sa volonté irrémédiable. Ce Dieu qui est capable de faire vivre et de faire mourir. Un Tel Dieu a le dos bien large pour porter et supporter toutes les incohérences et les absurdités de l’homme.

Un accident survient avec des pertes en vies humaines par l’imprudence et l’inconscience d’un individu qui prend le volant dans un état d’ivresse ; pour les malheureuses victimes, on dira « Dieu a donné et Dieu a repris ».

Un autre individu a détruit ses poumons et autres organes par la prise régulière de cigarettes ; un malencontreux cancer pourrait l’emporter à tout moment. Lorsque survient cette éventualité, « Dieu aura aussi donné et repris »

Que dire de cet autre individu dont la vie est abrégée par la négligence coupable d’autres hommes chargés de le soigner ; là également, « Dieu a donné et Dieu a repris »

Que de vies abrégées ! Que d’espoirs anéantis ! Que d’hommes, de femmes et d’enfants dont les vies ont été supprimées par l’incompétence, la négligence, la méchanceté, la cupidité, l’irresponsabilité d’autres hommes. Fatalement, pour toutes ces vies, « Dieu a donné, Dieu a repris ».

Et que dire enfin de la mort mystérieuse d’individus dans nos contrées qui a pour cause, « la guerre des choses dans l’ombre » selon l’expression de l’auteur Gaston ZOSSOU (2004). En effet, sous nos cieux, il y a et il y en aura certainement encore beaucoup de morts non élucidés, de tragédies inexpliquées et inexplicables. Des mains invisibles semblent travailler dans l’ombre à travers nos villes et contrées. Il y a beaucoup de situations claires-obscurs où l’obscur l’emporte sur le clair. Pour tous ces morts qui auront pris par là, « Dieu a donné et Dieu a repris ».

Mais si Dieu a toujours donné, est-ce toujours Dieu qui reprend ? Faut-il toujours continuer à tout mettre sur le dos de Dieu ? Que faisons-nous alors de notre liberté et de notre responsabilité à préserver notre vie et celle des autres ? Dans certains cas sans doute, Dieu a donné, mais c’est l’homme qui a repris.

Il est grand temps que la redevabilité soit la chose la plus partagée à tous les niveaux pour que chacun prenne conscience des conséquences de ses actes. Il doit y en être ainsi pour que l’homme ne reprenne plus impunément ce que Dieu a donné.

 

Dr ABOU Elvis

Sociologue Chercheur au LARRED

elvisabou@gmail.com

Société – Matin Libre

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