Décès de Mme Rosine Vieyra Soglo: Hommage et témoignage de Claude C. Djankaki,

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(Ancien collaborateur du Président Soglo)

Mon chemin s’est croisé avec celui de Mme Rosine Vieyra Soglo notre Mémé nationale au cours de la Conférence des forces vives de la nation en février 1990. Cela fait aujourd’hui  plus de trente (30) ans.

 

En effet, le groupe des jeunes cadres de l’UDFP auquel j’appartenais au même titre que  d’autres, était à la recherche d’un candidat crédible ayant les qualités requises de grande écoute, ouvert d’esprit et travailleur pour les tâches de reconstruction de notre pays à l’issue des travaux, au poste de Premier Ministre.

C’est alors que nous avions rencontré l’Inspecteur des Finances, Administrateur à la Banque mondiale, notre compatriote Nicéphore Soglo, pour lui proposer d’être notre candidat au poste de Premier Ministre.

Quelle ne fut notre surprise lorsqu’il subordonnait sa réponse à une consultation préalable de son épouse.

Tant il est vrai, à cette époque de tension sociale, nous avions compris que le leader de l’opposition ou Chef de file de l’opposition qu’incarne ce poste de cohabitation suivant les règles démocratiques avec le Président Mathieu Kérékou, l’homme du 26 Octobre 1972, n’était pas gagné d’avance et pourrait nécessiter un soutien des proches, en l’occurrence son épouse.

C’est en ce moment que nous avions aussi compris l’adage : ‘’derrière un grand homme se cache une grande femme’’. En réalité,  les plus proches de la famille Soglo eurent le temps de réaliser que maman Rosine Vieyra Soglo était inéluctablement l’ombre de tous les exploits du président Nicéphore Soglo qui, du reste, ne pouvait pas faire un pas sans elle.

En ce qui me concerne, je m’en voudrais de ne pas saisir cette triste occasion pour apporter trois  illustrations sur ce personnage emblématique de notre échiquier politique national. Oui une femme,  qui,  telle une amazone, a marqué les trente dernières années de notre histoire politique jusqu’à son dernier souffle.

1/Mme Rosine Vieyra Soglo est-elle une femme de caractère ?

La réponse est oui, si le caractère est défini comme une manière habituelle propre à une personne pour réagir devant une situation donnée.

Mr Nicéphore Soglo connaissant mieux son épouse ne pouvait donc pas s’engager dans cette mission délicate sans sa caution préalable.

Par ailleurs, après l’élection du Premier Ministre Nicéphore Soglo, le peuple béninois a salué le comportement exemplaire de cette femme extraordinaire qui n’a pas hésité à refouler le camion apportant au domicile la dotation  des produits de la Société nationale des brasseries du Bénin  devenue plus tard la Béninoise, comme elle a d’ailleurs décliné beaucoup d’autres avantages liés aux fonctions présidentielles.

2/Mme Rosine Vieyra Soglo a-t-elle joué un rôle essentiel durant la période de transition et sous le quinquennat de son époux?

La réponse est bien évidemment oui.

Sous la transition, elle a joué discrètement le rôle de conseiller politique et des affaires sociales. Lorsque les rencontres politiques devraient durer tard la nuit, elle n’hésite pas de rappeler aux participants que l’essentiel est plus important et peut être dit en peu de temps et en peu de mots aux fins de permettre au Premier Ministre, son époux d’avoir l’énergie nécessaire pour se consacrer aux tâches de développement économique. Certains de nos compatriotes la trouvent à tort ou à raison la dame de fer, la poule mère qui veille à tout.

Ayant la culture américaine, elle a joué merveilleusement son statut de Première dame du Bénin aux côtés du Président, sans négliger le social à travers son ONG Vidolé en faveur entre autres des orphelins, les triplés et quadruplés en situation difficile.

3/ Mme Rosine Vieyra Soglo a-t-elle raison de faire son incursion dans l’arène politique nationale alors que son époux assurait les plus hautes fonctions de l’Etat ?

La réponse est aussi oui.

Il importe de situer le contexte de son entrée en politique qui peut être vue comme une prise de ses responsabilités pour soutenir son mari dont le mandat était en souffrance face aux chantages politiques de certains parlementaires du moment.

En effet,  la genèse de la Renaissance du Bénin (RB) en mars 1992 fait suite à l’échec de sa sœur aînée l’Union pour le Triomphe du Renouveau (UTR) créée  à l’orée des législatives de 1991 pour soutenir les actions du Président Soglo à l’Assemblée nationale.

Mais que s’est-il réellement passé ?

En effet l’UTR qui compte 12 Députés sur les 63 que comptent la première législature avait échoué dans sa mission de faire élire le Président de l’Assemblée Nationale à travers la personne de Maitre Joseph Kèkè favorable au régime pour un quinquennat apaisé. Aussi, l’attitude peu courtoise du groupe des Députés UTR qui nourrissaient l’ambition de garder les postes clés au lieu de concéder le poste de Premier vice-président à Mr Bruno Amoussou (PSD),         a-t-elle irrité le groupe des 3 que constituaient Maître Houngbédji  (PRD : Députés) Amoussou (PSD : trois Députés) Séverin Adjovi (RDL : 4 Députés) soit un total de 11 Députés à peu près l’équivalent des 12 Députés UTR. Mieux, le Professeur Albert Tévoédjrè voulait-il aussi régler un compte personnel né des nominations sous le régime de la transition  par le Premier ministre Soglo. Tout ceci, ajouté à cela, le candidat du Président Soglo a été battu le 22 juillet 1991, à la surprise générale, après 3 tours de scrutins âprement discutés

Tirant leçon de cet échec imprévisible, Mme Rosine Vieyra Soglo décida de créer son propre parti politique en mars 1992, lors du retour d’un voyage du couple présidentiel en Côte d’Ivoire. À l’occasion, elle reçoit des tirs croisés de certaines personnes conduites par Mito-Baba Florentin, un proche du Président Soglo, avec le slogan de l’ère « fonfophone » :

« Mina sin sô- bo sin sômi- Bo sinsômigo a ». La transcription littérale signifie: nous refusons d’adorer le cheval, sa crotte et sa croûte.

Le Président Soglo monte au créneau lors d’un géant meeting  à  la place Goho  où il prononça un percutant et mémorable  discours en appelant à l’union et à l’unité autour de la RB.

Il refusa à  l’époque “qu’on pêche dans son marigot des poissons pour les lui revendre cher”

Somme toute,  madame Rosine Vieyra Soglo s’est immortalisée à  travers ses deux combats d’intérêt public: le combat social à travers l’Ong Vidolé et le combat politique à  travers le parti la Renaissance du Bénin, même si à  la faveur de la réforme du système partisan et les intrigues politiques,  ce parti a du disparaître de l’échiquier politique national.

Elle a combattu le bon combat,  elle a achevé la course,  désormais la couronne de justice lui est réservée !

A une grande Dame, la patrie reconnaissante.

 

Paix à  ton âme chère  Maman !

Société – Matin Libre

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