Décrispation politique: Entre pressions et intérêt général, que fera Talon?

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Le chef de l’Etat béninois a reçu mercredi 22 septembre dernier son prédécesseur. Boni Yayi était porteur de doléances à l’endroit de Patrice Talon en vue du dégel dans l’atmosphère politique au Bénin. Seulement, certaines demandes de l’ancien locataire de la Marina sont diversement appréciées, que selon l’on appartienne à l’opposition ou à la mouvance proche de Patrice Talon. Ce qui n’est pas de nature à faciliter tâche au Chef de l’Etat dans sa réponse aux requêtes de son hôte.

 

La décrispation politique était au cœur de la rencontre entre Patrice Talon et Boni Yayi. Le chef de l’Etat béninois a jugé utile d’échanger avec son prédécesseur Yayi Boni avec lequel les relations se sont dégradées depuis plus de cinq ans en ce qui concerne notamment la gouvernance au sommet de l’État. Après ce tête-à-tête entre les deux amis d’hier devenus ennemis, des doléances ont été formulées par l’hôte du locataire de la Marina. Elles sont relatives entre autres à la libération des jeunes et détenus politiques, au retour au pays des exilés, à l’arrêt des poursuites et arrestations post élection présidentielle, à l’instauration d’un cadre de concertation entre le chef de l’État et ses prédécesseurs dans le fauteuil…

Aussitôt après cette rencontre historique, et jusqu’à ce jour, des réactions pleuvent. Celles qui attirent l’attention, sont bien celles d’acteurs politiques de la Mouvance présidentielle et celles d’acteurs connus de la société civile. En effet, pour le député Orden Alladatin, la requête de Boni Yayi relative à la libération de la ministre Reckya Madougou, du professeur Joël Aïvo et autres prisonniers dits politiques est une façon de demander l’ingérence du président de la République dans des procédures judiciaires. Si pour le parlementaire cela est non négociable, son collègue Abdoulaye Gounou, il ne faudra pas penser tout de suite à une amnistie. Selon ses propos, la demande de l’ex président n’est pas raisonnable, car certains parmi les prisonniers et autres mis en cause ont des difficultés avec la justice et il faudra qu’ils en répondent. Karim Urbain da Silva, connu comme sage de Porto-Novo et soutient de la Rupture, lui aussi ne l’entend pas de la même oreille que l’ancien président Boni Yayi : « On ne va pas à une réconciliation avec un chapelet de conditions irréalistes », martèle-t-il. Certes, il faut amener les gens à pardonner tout ce qu’ils  ont subi mais cela n’absout pas les auteurs de ces actes de la sanction encourue, soutient Karim da Silva. Et de conclure : « La réconciliation ne peut être le prétexte à une énième entorse à la loi. Il ne faut pas tordre le cou à la justice, la réconciliation ne  peut se justifier par l’injustice, bien au contraire ».  Quant à Joël Atayi-Guèdègbé, lui prône la séparation des pouvoirs dans la prise en compte des requêtes de l’ancien président. L’acteur de la société civile se dit personnellement réservé, sinon,  opposé  aux lois d’amnistie, parce que cela tend à être une espèce de prime à l’impunité. Dans une République avec des lois connues de tous, on devrait pouvoir répondre de ses actes, a-t-il insisté. Face à cette avalanche de réactions sous formes de pressions pour orienter ou influencer l’action du chef de l’État, l’on est fondé à se demander ce que fera Patrice Talon face à l’intérêt général et face également au miroir de sa conscience. Va-t-il se laisser guider ou influencer par ces réactions par des partisans ? Prendra-t-il une décision qui va vicier davantage le climat sociopolitique et le rendrait plus impopulaire que jamais ? Difficile d’être péremptoire sur l’acte que posera le président Talon dans les semaines ou mois à venir. Ce qui paraît une évidence est que l’opinion publique nationale et internationale s’impatiente quant à sa décision sur la décrispation dont l’acte majeur a été ce tête-à-tête avec son ami de longue date, Boni Yayi.

 

Mike M.

Politique – Matin Libre

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