Désamour pour la lecture chez les apprenants : Les écrans : le coupable parfait

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Il y a 10 ou 20 années en arrière, la lecture était un excellent moyen d’acquisition de savoir et de connaissance, surtout dans le cadre des études scolaires et universitaires. Mais aujourd’hui, chez les plus jeunes, notamment les apprenants, le livre perd du terrain face aux mille distractions qu’offrent les écrans : télévision, smartphone, tablette etc. Ils préfèrent l’audio et le visuel aux lignes des pages de livres.

Presque plus de lecteurs. Les livres attendent encore sagement dans les bibliothèques des écoles, dans les libraires, dans les parterres de quartiers, et cherchent des preneurs. En silence, ils réclament la notoriété qu’ils ont eue par le passé. On pourrait croire que c’est parce qu’on est en vacances. Mais les apprenants eux-mêmes disent le contraire. « Pendant les vacances, je fais des jobs ; donc pas le temps de lire. Durant l’année scolaire, les cours sont là et il faut les apprendre. Je me dis que si je dois lire des romans, que ça soit au programme ou non, je n’aurai pas le temps d’apprendre les cours et de faire des exercices dans les matières scientifiques », a confié Marcellin Hounsa, élève en classe de Seconde. Le dégoût de lire chez les apprenants est encore plus grand que ce qu’on aurait pensé. En effet, la majorité des élèves rencontrés ont avoué ne pas avoir envie de lire, ni des romans ou autres livres. « Je n’aime pas lire, pas du tout », lance Judith Agbozounmè, élève en classe de terminale au lycée technique Coulibaly. Dans le rang des étudiants, le constat n’est pas loin d’être le même. Pour Serge Assinou, Étudiant en droit privé « la lecture était un passe-temps agréable mais actuellement ce n’est plus le cas puisqu’il n’y a plus de temps ». Ces aveux, loin d’expliquer la crise de la lecture observée chez les apprenants justifient leur désamour de prendre connaissance du contenu d’un livre. L’envie de lire qui a toujours impacté la réussite scolaire et même professionnelle a laissé place aux images et aux mille distractions qu’offrent les nouvelles technologies de l’information et de la communication (TIC).

Les écrans, source de démotivations ?
Ils sont nombreux aujourd’hui en tant qu’apprenants à passer la majeure partie de leur temps devant les écrans : télévision, smartphone, tablette etc. Ce qui les empêche d’avoir une quelconque envie de lire un livre. Ils préfèrent passer du temps devant les feuilletons ou sur internet que de faire de la lecture un plaisir. Pour Serge Assinou, les écrans sont principalement la cause du désamour pour la lecture et par conséquent, du faible niveau des apprenants. « Pour la plupart des jeunes apprenants d’aujourd’hui, la lecture est devenue une corvée. Cela sûrement à cause de l’influence de la télévision et des TIC en particulier l’Internet. Selon Judith Agbozounmè, « tout ce qu’on doit lire, on le voit à la Télé et sur les réseaux sociaux ». A l’en croire, le contenu des livres est déjà déversé en images sur les écrans, et il ne sert plus à grand-chose d’aller lire les livres. D’ailleurs, « on n’y trouve pas du plaisir », a avancé cette dernière. Ce faisant, la nouvelle génération est fréquemment accrochée à leurs smartphones, surtout aux réseaux sociaux. « Pour ne pas mentir, je trouve du temps pour me connecter sur Facebook. Peut-être que cela m’empêche de lire mais je ne peux m’en passer. Ça permet de me distraire et je ne pense pas que les romans pourront jouer les mêmes rôles », avoue Marcellin Hounsa.

Autres raisons du désamour
Outre les écrans, certains avancent d’autres mobiles qui empêchent de faire la lecture. D’une part, il s’agit de l’occupation des apprenants une fois à la maison. Dans le cas de Judith Agbozounmè, elle est occupée, pour la plupart du temps, par les travaux domestiques. Pour Marcellin Hounsa par contre, « les parents n’achètent pas souvent les livres au programme en lecture, et comme les professeurs aussi ne contrôlent pas, on n’a pas le goût de lire ». D’autres part, les enseignants reconnaissent leur part de vérité et accusent aussi bien les parents que le gouvernement. « Les parents sont censés veiller à ce que leurs enfants passent moins de temps face aux écrans et consacrent plus de temps à la lecture. Les enseignants quant à eux, doivent trouver des moyens pour raccrocher les apprenants, pour susciter le désir de lire chez ces derniers. La responsabilité de l’État face à ce problème est dans un premier temps le fait qu’il dépossède l’enseignant de tout pouvoir de punition et de renvoi des apprenants pour l’inexistence des documents d’accompagnement et d’autre part pour son silence coupable face au problème », martèle Angelo Kouyaya, Professeur de philosophie au CEG Sainte Rita de Cotonou. Aussi poursuit-il qu’ « il n’y a pas de bibliothèque dans la plupart des écoles et collèges publics comme privés et ceux qui en disposent, manquent cruellement de livres ».

Concilier lecture numérique et livre
Toujours pour justifier l’attente des livres dans les bibliothèques, plusieurs apprenants soutiennent faire de la lecture numérique au détriment des livres. Selon Serge Assinou un étudiant, « l’affluence des pages de chroniques, des sites de lectures et des pages de motivation peuvent servir de lecture pour les apprenants ». Angelo Houmènou sur la même lancée, pense que la lecture numérique peut être encouragée. « Elle nous amène à contempler d’autres horizons littéraires », affirme ce dernier. Comme pour compléter leur point de vue, Hulus Zannou attire l’attention sur la qualité de ce qui est servi sur les réseaux sociaux. « La majorité des publications et autres articles en lignes regorgent de fautes d’orthographes et de grammaire. Il n’est pas prudent de s’y fier », notifie ce dernier. Pour l’enseignant rencontré, la lecture numérique n’est pas la meilleure solution. « Elle ne permet pas aux apprenants de lire de façon à assimiler et à posséder le livre. En plus, ça peut endommager leur santé », a-t-il déclaré tout en proposant qu’un terrain d’entente qui puisse inciter les apprenants à la lecture soit trouvé. De même, l’enseignant souligne qu’il faut faire découvrir aux jeunes qu’il y a des livres qui peut les intéresser et qu’ils auront du plaisir à lire. Aussi, « pour inciter les jeune à la lecture aujourd’hui, je pense qu’il faut dépasser le discours sur les bienfaits de la lecture pour en venir à la pratique. C’est-à-dire, apporter des livres en classe et leur lire des extraits intéressants. Il faut les évaluer sur les livres au programme et si possible, amener les apprenants à représenter des œuvres », a conclu le professeur Angelo Kouyaya.
Arsène Azizaho, Marlène Migan et Yvonne Biaou (Stags.)

Fraternité

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