Education : quelle thérapie pour le système éducatif béninois ?

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Le 20 septembre 2021, la communauté scolaire reprendra le chemin de l’école avec au passif, une année scolaire 2020-2021 plutôt réussie au vu des résultats globalement satisfaisants des examens qui restent le seul baromètre d’évaluation d’un système pourtant grabataire. Osons donc le dire, l’euphorie qui s’est emparée de ce monde après les derniers examens est la face visible d’un iceberg ( l’école béninoise) qui a besoin d’une thérapie pour d’une part, motiver les acteurs principaux que sont les enseignants surtout et d’autre part, replacer l’apprenant dans son rôle et ses devoirs. En effet, l’institution école depuis quelques années et bien plus, ploie sous les coups mortels de textes et des orientations qui fragilisent tout l’arsenal de commandement. C’est bien regrettable que l’hypocrisie collective noie aussi la révolte des uns et des autres qui savent que, ce qui reste de ce sanctuaire n’est qu’un suaire dont le requiem est pour bientôt.

1- D’une école dans un Etat grabataire
C’est un secret de polichinelle cet état de l’école béninoise et à chaque rentrée, nos coups de gueule ne servent pas à grand chose. Du manque d’infrastructures au fonctionnement même des services scolaires, tout est à revoir. On ne va plus continuer à couver l’œuf pourri en évoquant l’argument d’une école à la béninoise. Il est fort à miser que cet état lamentable est connu de tous les décideurs. C’est pourquoi, la majorité d’entre eux choisissent des écoles privées où l’effectif est tolérable. Qu’est-ce qu’on pourrait espérer d’une salle de classe où le nombre d’apprenants dépasse soixante-dix, où le professeur est obligé de se coller au tableau pour dispenser un cours ? Qu’est-ce qu’on pourrait espérer d’une école où les bienheureux étudient à quatre sur une table destinée à accueillir deux apprenants ? Qu’est-ce qu’on pourrait espérer d’un système calqué sur un modèle occidental mais trahi dans le fond et dans la forme ? Cette école est moribonde et seuls les optimistes croient encore qu’un miracle est possible.
Et ça c’est une évidence qui contraste avec les résultats faramineux qui sortent des examens et qui ne constituent que l’enjoliveur d’un véhicule à la carrosserie pourrie.

2- Des programmes de formation surannés
S’il est évident que le manque criant d’infrastructures est un défi, il est aussi vrai que la formation donnée souffre d’une inadéquation entre les besoins d’aujourd’hui et le type d’individus qu’on crée. Programme encore chargé de mythes, il forme des têtes pleines mais incapables d’investir ces savoirs dans le processus de développement. En réalité, notre système continue avec des programmes d’extraversion de type théorique avec une forte ascendance pour le bavardage. Prenons un programme de géographie qui remplit la tête mieux des connaissances géographiques d’autres pays que le nôtre. On continue d’enseigner la France, la Chine, les États-Unis et autres le Japon ou le Singapour alors que les réalités géologiques ne sont pas les mêmes. Au 21ème siècle, on se préoccupe d’enseigner la décolonisation sur plusieurs pages alors que les problèmes idéologiques de l’heure sont ceux de la dynamique des démocraties africaines et particulièrement celle béninoise soumise à l’épreuve du temps. Le français est encore la langue stricte d’enseignement dans un monde où les savoirs endogènes sont d’abord et avant tout les vrais ingrédients du progrès. L’enseignement général occupe à 99% le terrain et l’enseignement technique (très sous-développé) agonise et se fait encore très sélectif. Que formons-nous à la fin ? Des chômeurs. Alors que l’école doit avoir pour vocation l’élitisme pratique, elle fait plutôt le lit à une classe de fainéants qui attend un emploi de bureaucrate qui ne viendra jamais peut-être. Une école de développement reste un défi donc

3- De la dégradation de l’image de l’enseignant
Ces dernières années ont été éprouvantes pour le monde enseignants dont l’image est saccagée, mise aux piloris de la déchéance sociale. Si l’école est sanctuaire, le maître l’est autant. Mais humilié et réduit à un rôle strictement de dispensateur de savoirs, l’enseignant béninois a cessé de faire peur, d’imposer son autorité. Des textes en faveur de l’apprenant sont pris et l’autorité a changé de main. Le maître n’éduque plus. Lui dont la présence autrefois inspirait le respect, on l’a avili au point que sa notoriété est multipliée par zéro devant l’apprenant. Les parents dans ce balbutiement et dans de renversement des normes, rendent encore la tâche plus difficile en protégeant plus l’enfant. À cette ère de protection excessive de l’enfant, la salle de classe devient la cour du roi Petto où chacun fait ce qu’il veut.
L’image vitriolée du maître s’accorde alors comme un champ de libre arbitre. Il est tellement facile d’emprisonner le maître, de se servir des médias pour fragiliser son être. Une classe sans autorité créera tôt ou tard une bombe sociale. L’ampleur que prend la délinquance juvénile est la preuve que nous avons échoué et est par là même un motif de remise en cause pour que les normes d’une école au service du développement soient restaurées.

4- Des réformes oui, mais de quels genres ?
La survie de toute institution impose dans la durée des réformes. C’est une sorte de sang nouveau qu’on injecte pour redonner une nouvelle vie à l’institution. Des réformes à l’école sont plus que nécessaires. Elles doivent en effet, résulter des constats et doivent s’opérer suivant des stratégies qui impliquent les vrais acteurs. Il serait sans doute exagéré de dire que les réformes jusque là opérées, ne touchent pas les vrais problèmes et semblent être des réformes politiques et de cadres de bureau. La vie scolaire n’est pas celle qu’une heure d’inspection pourrait résoudre. Elle est d’une complexité et à chaque fois qu’on veut la réformer, on devrait s’attaquer aux problèmes dans leur globalité. Avant donc d’opérer les choix de réformes, des questions intelligentes devraient se poser :

Que voulons-nous réformer ?
Améliore-t-il l’existant ?

Est-il le résultat d’un large éventail d’avis de spécialistes, de vrais acteurs où n’est-il que le fruit d’une imagination personnelle ?

Que représentera cette réforme pour tout le système ?
S’il faut construire une salle de classe à Banikoara, faut-il faire la même chose à Fidjrossè-kpota ?
Nous avons, il ne fait aucun doute, rater des réformes en pensant qu’une partie de la solution et non la solution entière. Il est un défi aujourd’hui que le salut de l’école béninoise passe par de profondes et réalistes réformes dont la première est la revalorisation de l’enseignant. Son image devra être redorée pour lui redonner une motivation. La solution trouvée dans l’aspiranat (terme sans véritable contenu sémantique) est un faux-fuyant et l’aveu d’un manque cruel d’imagination. Les résultats flatteurs conduisent déjà les décideurs à s’auto-congratuler ignorant les véritables critères qui font la réussite d’une évolution.
Il serait aussi exagéré de dire que le corps de contrôle a également échoué. Il serait plus modéré de dire qu’il aura fait ce qu’il peut mais que ses capacités devront être renforcées pour un meilleur encadrement.
Au total le défi d’une école de qualité devra s’appuyer sur l’humilité des acteurs de décision. Le CNE devra se rendre encore plus visible en impliquant les avis surtout de ceux qui vivent au quotidien les problèmes de l’école. Il s’agira de faire confiance aux acteurs directs et d’éviter (c’est là un mal profond) de copier des réformes de l’extérieur qui n’ont aucune possibilité de s’ancrer dans les valeurs itinérantes de notre société. L’APC est la preuve dune idiotie de réforme copier-coller qui continue de nuire au système. En plus de 20 ans d’application de cette approche où tout le monde est savant, où en sommes-nous véritablement ?

5- Eviter le piège de la bivalence
Agitée depuis l’année dernière et mise partiellement en application dans des départements où il y a pénurie d’enseignants, la bivalence ou « violence sur l’enseignant » semble encore à l’ordre du jour des récentes rencontres du corps de décision. Cette réforme peut s’assimiler à la démission de l’État qui cherche des palliatifs pour fuir son rôle régalien. Si par le passé, la bivalence a résolu un problème conjoncturel (le cas de la France dans les années 1980), toutes les études menées dans ce cadre, révèlent qu’il s’agit ni plus ni moins d’un assassinat, d’un saupoudrage, d’une ineptie. Ce ne sont pas nos écoles normales qui n’ont pas formé assez d’enseignants qualifiés dans chaque discipline pour conditionner l’occupation des salles à l’utilisation de bricoleurs. Les défis qui attendent doivent nous amener à éviter cela. Ce combat contre la bivalence est d’intérêt public. Nous n’en avons point besoin. Et ça, c’est une urgence.

Coffi Juste HESSA, enseignant

Fraternité

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