L’ancien président tchadien Hissène Habré est mort

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L’ex-chef d’État tchadien est décédé ce mardi 24 août à l’âge de 79 ans. Il avait été hospitalisé fin août à Dakar, au Sénégal – où il purgeait sa peine de prison à perpétuité – après avoir contracté le Covid-19.

« Monsieur Hissène Habré est décédé. C’est une bien triste nouvelle pour sa famille, pour beaucoup de Tchadiens, et nous compatissons à cette mort. Hissène Habré a dirigé le Tchad, même si on n’est pas partisan de la manière dont il a dirigé le Tchad, devant la mort, nous nous inclinons », a déclaré à RFI Abderaman Koulamallah, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement du Tchad.
Les rumeurs sur la mort de l’ancien président tchadien ont débuté durant la soirée du lundi 23 août avec le communiqué de la femme d’Hissène Habré, Fatimé Raymonne Habré, qui indiquait que l’ancien président avait bien été contaminé au Covid-19. Mais de son côté, la direction de l’administration pénitentiaire a affirmé qu’aucun cas de Covid-19 n’a été recensé dans la maison d’arrêt où il était détenu, rapporte notre correspondante à Dakar, Théa Ollivier.
Il aurait donc été contaminé lors d’un séjour dans une clinique privée avant d’être pris en charge dans un hôpital public, toujours selon son épouse. Des faits également partagés par le ministre de la Justice sénégalais.
Hissène Habré était en détention « au niveau du Cap Manuel, il y a de cela quelques jours », détaille à RFI le ministre Maître Malick Sall. C’est sa femme qui a fait part de son état fiévreux : « Elle a donc demandé qu’il soit évacué dans une clinique de première catégorie à Dakar », ajoute-t-il.
« L’administration n’était pas forcément pour, mais finalement, comme c’était pour des raisons de santé, on lui a accordé cette requête et c’est malheureusement au niveau de cette clinique-là qu’il a attrapé le Covid-19. Le chef de l’État a donné des instructions fermes immédiatement au directeur de l’hôpital et à son médecin personnel pour qu’il soit évacué à l’hôpital principal. C’est là que nous avons notre meilleur plateau médical au Sénégal, et donc il a été pris en charge immédiatement à ce niveau-là. C’est à l’hôpital principal qu’il est décédé », raconte-t-il.

Des « préoccupations » sur sa santé
Certaines ONGs sénégalaises avaient été favorables à des mesures humanitaires en faveur de l’ancien président du Tchad. En avril 2020, au début de la pandémie de Covid-19, il avait déjà pu sortir de prison pendant 60 jours et rejoindre sa résidence sous surveillance.
Au début du mois d’août, Fatimé Habré avait déjà interpellé les ONGs de défense des droits humains au sujet de la santé de son mari. Elle avait fait part de sa « préoccupation » et de son « angoisse quotidienne face aux risques du Covid-19 » alors qu’Hissène Habré était « hypertendu et diabétique ». Une nouvelle demande de libération provisoire de Hissène Habré, vue son état de santé avait été réalisée à cette période. Mais cette fois-ci, la demande est resté lettre morte, ce qui est regrettable pour le défenseur des droits et fondateur du think tank « Afrikajom Center » Alioune Tine.
Avec son âge, les comorbidités… L’État aurait dû prendre les dispositions nécessaires
Les réactions commencent petit à petit à se faire entendre. L’actuel numéro un tchadien, Mahamat Idriss Déby, fils d’Idriss Déby Itno, a présenté ses « sincères condoléances à sa famille et au peuple tchadien ». « À Dieu nous appartenons et à Lui nous retournons », a-t-il dit sur Twitter.
Abdoul Mbaye, président de l’alliance pour la citoyenneté et le travail et ancien Premier ministre Sénégalais déplore la perte de « l’unique chef de guerre africain vivant ayant libéré son pays d’une invasion étrangère ».
Adji Mergane, vice-président du groupe parlementaire de la majorité Benno Bokk Yaakar, a rendu hommage à l’épouse d’Hissène Habré, vantant le courage de cette femme qui a toujours défendu son mari jusqu’à sa mort.
Concernant les autorités sénégalaises, le président a présenté ses condoléances à la famille et « a fait tout ce qui était en son pouvoir pour qu’Hissène Habré soit traité dans la dignité et qu’on tienne compte de son rang d’ancien chef de l’État », a conclu le garde des Sceaux.
Vient désormais la question du rapatriement ou non de la dépouille de l’ancien chef d’État. À Ndjamena, Abderaman Koulamallah, ministre porte-parole du gouvernement tchadien : « Il n’y a aucun obstacle à ce que M. Hissène Habré puisse venir être enterré auprès de sa famille. De toute façon, les autorités tchadiennes ne s’opposeront pas. Il n’y aura pas d’hommages officiels puisqu’il est condamné pour des délits très importants contre les Tchadiens. Mais son corps sera rapatrié au Tchad si sa famille le désir. » La famille d’Hissène Habré ne s’est pas encore exprimée.

Condamné à perpétuité
Ses années de pouvoir sont marquées par de nombreux crimes. Une commission d’enquête, après sa chute, parle de quelque 40 000 morts. Hissène Habré est condamné à perpétuité en mai 2016 à Dakar par les Chambres africaines extraordinaires. Il est reconnu coupable de crimes contre l’humanité, viols, exécutions, esclavage et enlèvement. Une condamnation confirmée en appel un an plus tard. Il purgeait, depuis, sa peine au Sénégal, où il est décédé.
« Le gouvernement tchadien n’a pas particulièrement d’obstacles aujourd’hui contre un ancien président décédé. Nous exprimons à sa famille toutes nos condoléances. Il restera pour toujours un ancien président du Tchad. Tout Tchadien qui a dirigé le pays, quels que soient ses torts, restera dans la mémoire historique des Tchadiens. Ce n’est pas aujourd’hui le lieu de polémiquer sur sa gouvernance, sur le procès qu’il a eu. Nous nous exprimons de manière tout à fait officielle mais de manière réservée, et nous ne voulons pas en rajouter », a-t-il déclaré.
Il n’y aura pas d’hommage officiel (…) mais son corps pourra être rapatrié au Tchad si sa famille le désire.

Abderaman Koulamallah, ministre de la communication et porte parole du gouvernement tchadien
Membre de l’ethnie pastorale touboue, Hissène Habré est né en 1942 à Faya Largeau, dans le nord du pays, et a grandi dans le désert du Djourab. Après l’indépendance en 1960, il est nommé sous-préfet par le président Tombalbaye. Cette même année, il part pour la France où il réalise un long parcours scolaire. Il passe notamment par l’Institut d’études politiques.
En 1972, il rentre au pays. Rapidement, il fonde une rébellion qui se fait connaître par l’enlèvement d’Occidentaux, notamment la chercheuse Françoise Claustre. Le 4 avril 1975, le commandant français Galopin, venu négocier pour la libération d’otages français, est torturé et exécuté.
Dans les conflits de l’époque, il se pose en défenseur de l’intégrité du Tchad face aux appétits libyens. Habré est nommé Premier ministre en 1978, mais très vite les luttes intertchadiennes reprennent. Il renverse le président le 7 juin 1982. Il reste à la tête de l’État tchadien durant près de huit années avant d’être renversé à son tour en 1990 par Idriss Déby.
Lors de son arrivée au pouvoir, Hissène Habré a trouvé un pays divisé par une longue guerre civile, rappelle notre correspondant à Ndjamena, Madjiasra Nako. Le premier chantier auquel il s’est attelé est la remise en route d’une administration. Pari qu’il a réussi non sans commettre des crimes pendant les opérations de pacification du pays. Il va ensuite instaurer une dictature encadrée par une police politique, ce qui lui a valu sa condamnation en appel en 2017 à Dakar au Sénégal.
Source : rfi

Fraternité

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