« Le Maroc a exploité la léthargie de la diplomatie algérienne »

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La rupture des relations diplomatiques entre les deux voisins en Afrique du Nord est au cœur de l’actualité mondiale, car ce sont deux parmi les pays les plus influents sur le continent africain qui sont impliqués dans une profonde crise. Les questions fusent, mais aussi des médiations tentées, en vain. Dans une analyse publié ce lundi sur The conversation, l’expert en relations internationales, Yahia Zoubir, accable le Maroc qu’il pointe d’avoir exploité la léthargie de la diplomatie algérienne.

« La rupture des relations diplomatiques entre l’Algérie et le Maroc, en août, est le produit d’une longue histoire de tension. Les deux nations n’ont jamais eu de longues périodes d’amitié, malgré les nombreux facteurs qui les unissent. En effet, ils appartiennent à la même région du Maghreb, partagent la même religion (islam sunnite et rite maléki) et la même identité, et parlent un dialecte similaire. Ils partagent également une frontière commune de 1 550 km », a indiqué l’expert en relations internationales, Yahia Zoubir.

« En fait, les Algériens et les Marocains sont si proches qu’il est difficile de les distinguer. Mais, les dissemblances historiques, politiques et idéologiques depuis leurs indépendances respectives pèsent lourdement dans les relations entre ces pays « frères »… Les relations entre les gouvernements algérien et marocain ont rarement été cordiales. Cela est dû à la nature différente de leur lutte anticoloniale, à leurs systèmes politiques différents et à leurs orientations idéologiques opposées », a poursuivi Yahia Zoubir.

Revenant sur ce qu’il confirme être à l’origine de cette escalade ayant entraîné à la rupture des relations entre les deux pays, Yahia Zoubir révèle : « au cours de la dernière décennie, le Maroc a exploité la léthargie de la diplomatie algérienne et la paralysie du système politique pour faire avancer ses intérêts, souvent au détriment de l’Algérie. Le réveil de la diplomatie algérienne et sa décision de contrer ce qu’elle considère comme des « actes hostiles » du Maroc ont entraîné la dernière rupture ».

« Leur relation tumultueuse a été un obstacle à l’intégration de la région, ce qui pourrait apporter des avantages considérables aux deux. L’Algérie, la Libye, la Mauritanie, le Maroc et la Tunisie ont fondé l’Union du Maghreb arabe en 1989. Mais depuis 1996, l’union est devenue moribonde en raison des tensions répétées dans les relations maroco-algériennes. Les divergences de ces dernières années sont potentiellement beaucoup plus conséquentes. Ils pourraient menacer la stabilité de toute la région de l’Afrique du Nord », note-t-il.

« Pour sa part, le Maroc avait fait pression sur l’Union Africaine, l’Europe et les États-Unis pour qu’ils soutiennent ses revendications de souveraineté sur le Sahara occidental. Deux événements au cours des 10 derniers mois ont exacerbé les tensions. Le premier était une attaque contre des manifestants sahraouis à El-Guergarat, la zone tampon au sud du Sahara Occidental, par les troupes marocaines. Ensuite, il y a eu un tweet du Président Donald Trump annonçant la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine au Sahara Occidental », a poursuivi l’expert en relations internationales.

« Trump avait échangé le Sahara Occidental occupé par le Maroc en échange de la normalisation des relations du Maroc avec Israël. D’autres États arabes ont fait la même chose dans le cadre des accords d’Abraham négociés par le gendre de Trump, Jared Kushner. Avant les accords d’Abraham, les responsables marocains affichaient une hostilité implacable envers l’Algérie à laquelle le gouvernement algérien n’a pas répondu. Le tweet de Trump le 10 décembre a semblé galvaniser l’attitude hostile du Maroc envers l’Algérie », détaille-t-il.

« Le seuil de tolérance d’Alger contre des actes qu’il considérait comme hostiles a été atteint à la mi-juillet lorsque l’ambassadeur du Maroc auprès de l’ONU a distribué une note exprimant son soutien à un groupe luttant pour la sécession de la région côtière kabyle de l’Algérie. Le groupe est répertorié comme groupe terroriste par l’Algérie. Cela a conduit l’Algérie à rappeler son ambassadeur au Maroc pour des « consultations » et à demander au Maroc de préciser s’il s’agissait de la seule décision de l’ambassadeur ou du gouvernement. Il n’a jamais reçu de réponse », souligne Yahia Zoubir.

« Un autre acte hostile aux yeux de l’Algérie a été un vaste scandale d’espionnage révélé par un consortium de journaux internationaux et d’organisations de défense des droits de l’homme. Ils ont découvert que le Maroc avait ciblé plus de 6 000 Algériens, dont de nombreux hauts responsables politiques et militaires. L’Algérie a décidé de rompre les relations diplomatiques avec le Maroc à compter du 24 août. La rupture peut entraîner des réalignements géopolitiques. Mais tout dépendra de savoir si le Maroc intensifiera les tensions et utilisera la carte israélienne contre l’Algérie, ou s’il cherchera à réduire les tensions », indique l’expert.
Source : afrik.com

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