L’évolution du festival gastronomique Zâ: Un parcours de titan, Gloria Koessi-Govor décide d’en parler

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(La promotrice revient sur les moments palpitants)

Le seule festival d’art culinaire qui expose des mets typiquement locaux, le festival ‘’Zâ’’ est à sa 5ème édition en 2021. La promotrice Gloria Koessi-Govor fait un bilan en prélude à la tenue effective de cette édition qui s’annonce éclatante.

 

« En 2014, j’étais toujours sous les ailles du célèbre journaliste, animateur et artiste multidimensionnel Florent Hessou. Dans ce secteur culturel parfois étouffé par une foison de festivals soit de musique, de danse, de théâtre et j’en passe, j’ai réfléchi et décidé de mettre l’art culinaire dans la danse. Je ne dirai pas qu’il n’y a eu aucune initiation pareille avant moi NON. En ce temps, l’Etat à travers le ministère de la culture organisait un salon pour promouvoir l’art culinaire béninois. Les émissions de cuisine de ma maman Valerie Vinakpon battaient le plein. C’était beau, c’était encourageant. Et moi, j’avais envie d’apporter du nouveau dans cette atmosphère. J’ai décidé de mettre en place un festival. Au début, c’était un concours de cuisine qui avait rassemblé que de jeunes hommes. C’était beau de voir des hommes nous proposer des mets authentiques de chez eux en ce mois de mai 2014. J’avais goûté un Simenlogoué méchant dans le temps. La grande soirée a été organisée sur le campus d’Abomey-Calavi. Je m’en souviens comme si c’était hier. Claude Balogoun mon plus grand soutien de l’heure avait tout donné pour que cette première édition soit une réussite. L’Ucae mon institution de cœur et d’âme. Cette institution culturelle qui m’a tout appris et tout donné. Reconnaissance est tienne à ce jour.  J’ai poursuivi les réflexions pour améliorer le festival, je ne voulais pas que cela s’arrête juste à un concours de cuisine. Je voulais que des professionnels se retrouvent sur cet évènement. Je voulais que le monde en sache plus sur la cuisine béninoise. Je voulais et je le veux toujours, que les fils et filles du Bénin découvrent l’immense richesse qui se cache derrière ce groupe de mots Cuisine Béninoise.

En 2016, lorsque je préparais la deuxième édition, j’ai eu la grâce et la faveur de l’Eternel en rencontrant comme moi, de jeunes passionnés des arts et de la culture. Audace, Mazoclet … C’est justement eux qui avaient proposé de changer le nom du festival culinaire Chef Custot en festival Zâ. Depuis lors, nous avons gardé le nom. Merci les gars.

En 2016, nous avons revu le contenu du festival. Du simple concours de cuisine, il est devenu un tout. Il a rassemblé de jeunes entrepreneurs agro-alimentaires qu’Oxfam Québec aidait à grandir, des cuisiniers et des restaurateurs. En 2016, le festival Zâ c’était petit mais c’était beau. Et depuis, j’ai commencé par viser gros. Des coups j’en ai reçu comme cela n’était pas permis. C’est très difficile de rêver grand dans notre environnement. Visiblement, tu as le soutien de tout le monde, mais le combat que tu fais parfois en silence pour tenir est aussi harassant. En 2016, j’ai grandi d’un coup. L’évènement aussi.  En 2017, le secteur culturel s’est endormi pour se réveiller un an et demi ou deux ans plus tard. Plusieurs festivals ont disparu, certains promoteurs de festivals ont tenu le coup. Big up à vous. Le festival Zâ a tenu le pari de l’année 2017. C’était très difficile. Très difficile mais nous l’avions fait en grand. C’était sur l’esplanade du stade de l’amitié. C’était beau quoi que je visais la perfection même si elle n’est pas de ce monde. Tout ce que je retenais, c’est que J’ai pu le faire.

2019, l’expérience amère.

En 2019, j’ai décidé de passer à la vitesse supérieure. J’ai décidé de franchir l’infranchissable. D’inviter des cuisiniers professionnels étrangers afin qu’ils puissent partager leurs expériences avec les nôtres. Mon équipe et moi avons travaillé d’arrache-pied. Nous avons tout donné. Certains croient que dans cette affaire de festival, je me fais des millions. Quel organisateur de festival ici au Bénin peut se lever et témoigner qu’à la fin de son évènement, il s’en sort avec des millions ? Pour la plupart, nous finissons avec des dettes. L’expérience de 2019 fut amère pour moi même si ça paraissait beau. J’ai pleuré. Oui j’ai suffisamment pleuré. J’ai pleuré au point où je me suis décidé à ne plus rien organiser comme festival au Bénin. De voir des gens qui ne se connaissaient pas, des gens d’un même corps qui ne sont jamais vus. Des gens que tu as rassemblé pour un objectif, pire ceux en qui tu avais confiance te tourner le dos, boycottant un évènement que tu as pris plus d’un an à préparer? Des béninois ? Et pourtant tous te soutiennent sur les réseaux sociaux ? C’est choquant et démotivant. Et tout ceci pour un seul motif: l’argent.  La rumeur a couru pendant et après le festival. J’aurais reçu un financement de 10 millions au Fonds des arts et de la culture que j’aurais empoché. Je ne savais s’il fallait crier, pleurer ou rester silencieuse et observer. Ça m’a créé pleins de problèmes. J’ai observé pendant un temps. Mais dépassée par les <<Ils ont dit>>. J’ai fait face à la situation. Je l’ai réglé à ma manière mais c’est resté gravé. Il n’en était rien et à aucun moment nous n’avions reçu un tel financement et je l’ai démontré preuve à l’appui à ceux qui avaient pris le plaisir malsain de raconter tout sauf la vérité. Nous avons eu bien d’autres partenaires qui ont accompagné l’évènement et que nous remercions du fond du cœur. Hormis cela, certains partenaires avec lesquels nous avions même signé des contrats, ont juste décidé de ne pas respecter leur part du contrat à la dernière minute. Pourquoi ? Je n’ai pas cherché à le savoir. Mais j’avais la possibilité de les traduire en justice. Ce que nous n’avons jamais fait. Nous sommes tous béninois. C’est peut-être con de ma part mais j’assume entièrement.

Éfoé La joie, Sephora Dassi merci d’avoir survécu à la pression dans tous les sens du mot.

Organiser un évènement, c’est tout ce qu’il y a de moins facile comme certaines personnes le croient. Surtout au Bénin, il faudra s’attendre à tout et à tout. Quand je dis tout, c’est bien sûr TOUT. Surtout quand ta tête ne plait pas trop. Bref, je ne regrette absolument rien de ce chemin effectué, de ces expériences vécues, de ces nuits blanches, de ces moments de faiblesses, de ces fois où nous avions fait confiance aux mauvaises personnes, de ces fois où nous avions pris de mauvaises décisions et de toutes ces fois où nous n’avions pas pu atteindre l’objectif. Je profite de l’occasion pour présenter toutes nos excuses à toutes ces personnes qui se sont senties frustrées à un moment ou à un autre. Notre objectif n’a pas changé. Nous voulons aller loin avec vous, avec l’art culinaire béninois. Nous ambitionnons de grandes choses, nous avons de Belles idées et notre souhait, c’est de rallier tous les béninois à cette belle cause.

En 2021, le festival Zâ aura 8 ans et sera à sa 5è édition. Eh oui, je n’ai pas eu la force d’abandonner. C’est plus fort que moi. Et je veux pouvoir compter sur vous à nouveau. On y reviendra. Merci à toutes ces belles personnes qui travaillent pour qu’on échoue point. Un merci spécial à un Monsieur spécial, qui donne tout mais en sourdine ».

Culture – Matin Libre

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