Nomination en Conseil des Ministres: Pour services rendus ou sur mérite?

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                   On peut tout reprocher à la Rupture, mais il faut reconnaitre qu’il y a des nominations surtout en conseil des ministres qui n’ont rien à avoir avec la politique ou le parrainage. En effet, comme dans les concours de recrutement où beaucoup témoignent qu’ils sont admis sans avoir de « bras longs », il y a des cadres dans l’administration publique qui sont à des postes techniques ou à la tête de certaines structures étatiques depuis le régime défunt et qui y sont toujours maintenus.  Non pas parce qu’ils sont militants du Br ou de l’Up, les deux partis politiques siamois sous la coupole du chef de l’Etat, Patrice Talon. Dans le même temps, il y a des nominations dont la coïncidence des événements étonne et suscite interrogations. C’est le cas  des professeurs Léon Jossè nommé Doyen de la Faculté de droit et de sciences politiques (Fadesp) de l’université d’Abomey-Calavi et Rock Gnahoui David promu Président de la Chambre du contrôle et du jugement des comptes de l’Etat, respectivement en conseil des ministres des mercredis 02 et  16 mars 2022. Avocat, Universitaire, désormais ancien Doyen de la Fadesp, Rock Gnahoui David a été l’un des meneurs du Mouvement Mercredis rouges sous l’ancien président de la République, Yayi Boni. Ancien président du parti Alternative citoyenne qui a finalement fondu dans l’Union progressiste, on se souvient encore des acrobaties qui ont dû être faites pour que le professeur Rock Gnahoui David soit douillettement et peinardement installé dans le fauteuil de Doyen de la Faculté de droit. En effet, alors qu’il caressait depuis un moment ce rêve, quand vint son tour d’affronter l’ancien Doyen et Constitutionnaliste Joel Frederic Aivo, aujourd’hui en prison, brusquement le gouvernement décide de mettre fin à tradition d’élection démocratique pour accéder au fauteuil. L’histoire retiendra certes que le prof Rock Gnahoui David a été Doyen de la Fadesp de l’Uac au même titre que ses prédécesseurs, mais par nomination directe. Et ce n’est pas sans compter avec ses multiples sorties partisanes pour défendre à cor et à cri, certains dossiers au profit de la Rupture. Avant 2019 où il a été promu, il fallait le voir se prononcer sur entre autres, la levée d’immunité à certains députés, la révision de la Constitution, la descente des anciens présidents Yayi Boni  et Nicéphore Soglo à Dantokpa pour protester contre la gouvernance de Patrice Talon. Même à ce poste de Doyen de Faculté qui nécessite la discrétion et voudrait que la science et l’objectivité soient mises en avant pour analyser tel ou tel fait, on peut le constater, les archives parlent ; Rock Gnahoui David n’a nullement oublié son étoffe de politique et de partisan quand bien même il tente en vain de noyer tout ça parfois sous sa toge de  Grap (Groupe de réflexion alternatives et perspectives). Difficile de nier que toutes ses prises de position même contre des décisions de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples (Cadhp) n’ont pas milité en faveur de cette nouvelle promotion de Rock Gnahoui David à la Cour des comptes. Après trois ans (2019_2022), le mandat réglementairement établi pour un Doyen élu, il fallait que le désormais ex-doyen nommé aille faire une autre expérience. Et avant qu’il ne laisse la maison Fadesp, il fallait qu’il s’assure certainement de la logique de la continuité ; ce que les autres avaient appelé ici entre temps « Après nous, c’est nous ! ». Qui hérite donc du fauteuil laissé par le professeur Rock Gnahoui David ? Il a nom Léon Jossè. S’il n’était pas trop connu du public, au moins le mois de décembre 2021 l’a révélé dans un « Bénin révélé », leitmotiv de la Rupture. En effet, alors que son collègue au département Joel F. Aivo comparaissait à la barre, à la Criet, dans le procès « blanchiment de capitaux » et « atteinte à la sûreté de l’Etat », le professeur Léon Jossé a été pointé du doigt comme celui-là qui sur l’enquête de moralité a témoigné contre le candidat recalé de l’opposition à la présidentielle, qui a fini par écoper de 10 ans de prison ferme. Tout un feuilleton après sur ce dossier. Des répliques par médias interposés entre l’Avocat de Joel Aivo et Léon Jossè qui a même menacé de porter plainte contre lui. Après, l’enseignant à la Faculté de droit, fraîchement promu Doyen, on ne saurait dire si c’est pour services rendus de peur qu’il ne brandisse à nouveau l’arme de l’assignation, a effectué une sortie au cours de laquelle il a tenté d’expliquer à qui voulait l’entendre, le contenu de ce qu’il a envoyé à la Cour spéciale comme témoignage. Et par la force des choses, il succède quelques semaines ou mois plus tard à l’ardent défenseur des actions de Patrice Talon et de son gouvernement. Là où le doute s’installe sur cette nomination de Léon Jossè, c’est qu’elle ne l’a pas été visiblement sans l’onction de son prédécesseur. Le professeur Rock Gnahoui David a été on ne peut plus clair à la cérémonie de passation de charges ; lundi 7 mars au Décanat : «Je vous l’ai dit lorsque vous êtes allé me dire, je veux me présenter au poste de doyen ; j’ai dit bravo, je vous accompagne et je vais vous accompagner jusqu’à la fin de votre mandat ». A chacun donc de se faire son opinion.

Société – Matin Libre

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