Otan : un sommet pour poser les bases du « concept stratégique 2030 »

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Soixante dix ans après sa création, l’Otan reste le seul cadre formel de discussion entre l’Europe et les États-Unis. Après les secousses et les doutes de la présidence Trump qui a entamé la relation transatlantique, Joe Biden a fait le déplacement pour rassurer ses alliés européens. Et sa venue coïncide avec un sommet-clé qui doit redéfinir le « concept stratégique » de l’Otan.

Quelles menaces pèsent sur les États-membres de l’Otan ? Qui sont ses ennemis ? Comment gérer son voisinage ? Et avec quels moyens ? C’est la feuille de route de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord, sa Constitution, en quelque sorte. Le concept stratégique doit répondre à toutes ces questions, or, c’est en 2010 qu’il a été mis à jour pour la dernière fois, il y a plus de dix ans donc.

Au regard des crises qui agitent les frontières de l’Europe, cela représente une éternité : l’Otan a l’obligation de rafraîchir sa doctrine et le sommet de ce lundi va poser de nouvelles bases, celles du « concept stratégique 2030 », un texte qui doit être entériné l’an prochain, mais qui a l’ambition d’anticiper les tensions qui vont survenir autour de l’espace occidental d’ici à la fin de la décennie. C’est l’heure des choix, ils sont fondamentaux, très politiques et la voix des États-Unis pèse très lourd dans ce débat.

Faut-il pour autant parler d’un alignement de l’Otan sur la politique étrangère américaine ? Si l’on remonte quelques années en arrière, c’était la crainte du général de Gaulle, qui a décidé en 1966 le retrait de la France du commandement militaire intégré de l’Alliance. Elle n’y reviendra qu’en 2009, pour ne pas, comme le disait la presse de l’époque, « être entraînée dans toutes les aventures où pourront s’engager les États-Unis ».

Contenir Pékin, une priorité américaine
Quelles sont les aventures américaines ? La confrontation avec la Chine est l’une d’entre elles. Une guerre commerciale, technologique, financière, territoriale entre Pékin et Washington est en cours.

D’où la grande question qui se pose à l’ouverture de ce sommet : faut-il que le concept stratégique 2030 prenne en compte la montée en puissance de la Chine ? « Il y a débat au sein de l’Alliance, puisque l’Otan est à l’origine une organisation de défense régionale et territoriale, créée au sortir de la Seconde Guerre mondiale pour contrer le bloc soviétique, remarque Alice Pannier, de l’Institut Français des Relations Internationales. Alors que cette question chinoise est en quelque sorte extraterritoriale. Mais il y aussi tout ce que l’on sait des investissements chinois, par exemple dans les infrastructures. Ça pose des problèmes de sécurité des infrastructures, y compris sur les territoires de l’Alliance. Est-ce que l’OTAN est pour autant la bonne organisation pour gérer une menace potentielle comme la Chine ? Ça ne fait pas vraiment consensus, certains craignent, et la France en particulier, le retour d’une guerre froide, l’idée étant de garder une marge de manœuvre et de ne pas se retrouver pris dans une confrontation entre les États-Unis et la Chine à travers l’Otan ».

Le rôle particulier de la France
Paris veut faire contrepoids, mais son influence reste très relative parce qu’à la différence de la France, qui a une armée capable et fonctionnelle, la plupart des membres de l’Otan n’ont pas le choix. La plupart des pays d’Europe centrale et orientale, par exemple, n’ont pas les moyens d’avoir une vraie politique de défense face à la Russie. Leur véritable parapluie militaire, c’est l’Otan. Et Alice Pannier regrette le positionnement parfois trop chevaleresque de la diplomatie française. « On a une organisation de 30 membres, et les trois pays pour lesquels l’OTAN n’est pas le bras principal de leur défense nationale, ce sont la France, les États-Unis et la Turquie, grosso modo. On entend très fortement en France ce discours sur la construction d’une défense européenne alternative, mais beaucoup moins dans d’autres pays. C’est pour cette raison que le gouvernement français a du mal à être suivi et à mettre ce schéma en place : la France a des œillères dans la façon dont elle regarde la réalité de la sécurité en Europe et de la relation transatlantique. »

Retour du multilatéralisme
Malgré tout, après une période Trump très agitée, il y a un peu d’espoir. L’administration Biden veut rassurer ses alliés et met l’accent sur le multilatéralisme, y compris dans le cadre de l’Otan. Tony Blinken, le secrétaire d’État américain l’a répété il y a quelques jours : aucun des défis actuels ne peut être affronté par un pays seul, même quand ce pays s’appelle les États-Unis.
Source : rfi

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