Pollution atmosphérique par des cimenteries : Au-delà de la délocalisation, des défis urbains

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Les villes durables ne sont jamais le fruit du hasard. Elles se construisent dans le temps, dans une parfaite harmonie avec les besoins infrastructurels et industriels. C’est une leçon qui mérite d’être tirée de l’épineux dossier de pollution atmosphérique par des cimenteries au Bénin, objet de question orale avec débat du député Marcellin Ahonoukoun.

Le mal d’une ville sans boussole
Le calvaire du calcaire, du gypse, et du clinker ne date pas d’aujourd’hui. Saisie d’une requête en date du 14 août 2008 par Polycarpe Tognon, la Cour avait été appelée à juger de l’inconstitutionnalité de l’implantation, dans une agglomération urbaine, d’une des deux usines actuellement en cause. Le Ministre de l’Environnement et de la Protection de la Nature, Justin Sossou Adanmayi avait répondu à l’époque aux sages que la situation de cette industrie dans une zone commerciale fortement peuplée, est contraire à l’article 3 du décret n° 2001-289 du 08 août 2001, portant approbation du plan d’aménagement de la zone commerciale de Ganhi qui stipule : “les activités industrielles sont interdites dans le périmètre de la zone commerciale de Ganhi”. D’ailleurs, on se demande bien lequel des points inscrits dans ce décret est vraiment respecté. Mieux, on pourrait être amené à se demander si c’est la ville qui a rattrapé ces industries, l’une créée en 1967 et l’autre en 1978, ou si c’est l’Etat qui a commis l’erreur de les laisser s’implanter près d’une agglomération dans une ville sans boussole ? Ce qui est sûr, la Cour constitutionnelle n’a eu d’autre choix que de condamner la violation de l’article 27 de la Constitution : « Toute personne a droit à un environnement sain, satisfaisant et durable et a le devoir de le défendre. L’Etat veille à la protection de l’environnement ».

Planifier des zones industrielles durables
La délocalisation de l’une des deux unités industrielles concernée avait été décidée par le Conseil des Ministres du 12 juin 2003 et l’application de cette décision est facilitée par la délimitation de la zone Franche Industrielle. Et ce souhait est une fois encore émis par les députés ce 24 juin 2021. Mais il faut aller au-delà pour savoir si la délocalisation n’engendrera pas pareille situation ailleurs, si on ne se préoccupe pas de la question de la planification urbaine. Au-delà des questions de respect des normes pour réduire la pollution qui fait souffrir les populations riveraines, c’est un aspect sur lequel il faut créer le débat. Ce sera de la poudre aux yeux que de l’écarter. Déjà que dans d’autres villes, l’occupation du sol continue de se faire anarchiquement, on pourrait bien être amené à être confronté à d’autres problèmes de cohabitation industrie, populations, écosystèmes humides plus tard. Les instruments existent pour des aménagements durables. Le comble sera de les laisser garnir les archives. Le Bénin dispose depuis 2017 d’une loi sur le régime des Zones économiques spéciales. Déjà Glo-Djigbé s’annonce pour être un hub industriel. Cependant, il faut des pôles durables bien planifiés ailleurs pour éviter les scénarii actuels. En attendant, les populations ont besoin d’un cadre de vie sain.

Fraternité

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