Projet Pipeline Export Niger-Bénin: Buhari veut briser le rêve béninois

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Le 20 mai 2021, après quelques mois de retard dû à la pandémie du Coronavirus, selon les autorités, le Bénin a lancé officiellement les travaux de construction des 684 km, côté béninois, du Pipeline Niger-Bénin, dans la commune de Sèmè-Kpodji. Annoncé à grand renfort médiatique, ce projet vise à exporter le pétrole brut du Niger vers le marché international via le terminal du port de Sèmè, au Bénin. Il va permettre au Bénin de devenir un acteur du secteur pétrolier sans produire la moindre goutte de pétrole. Le projet Pipeline Export Niger-Bénin contribuera à améliorer davantage les recettes fiscales de l’Etat béninois avec des frais de transit annuels d’environ 25 millions d’euros, en même temps qu’il va générer près de 3000 emplois lors de la phase de construction et environ 300 emplois permanents dans le cadre de son exploitation. D’où la satisfaction des autorités béninoises à l’annonce du projet qui, selon le gouvernement de la Rupture, représente le plus gros investissement jamais réalisé dans l’histoire du Bénin depuis les indépendances.

 

Mais, aussitôt le démarrage des travaux annoncé, le Bénin risque-t-il finalement de perdre la réalisation du projet Pipeline Export Niger-Bénin ? Des craintes subsistent du fait qu’un concurrent de taille se montre tout aussi intéressé. Le Nigeria s’invite dans le projet et se pose en concurrent du Bénin dans la réalisation du Pipeline qui permettra d’exporter le pétrole brut du Niger vers l’extérieur. Dans une vidéo publiée le 28 juin 2021 sur YouTube, le président nigérian Muhammadu Buhari annonce clairement son intention de ravir la vedette au Bénin en ce qui concerne la réalisation du projet Pipeline Export Niger-Bénin. Et pour amener le Niger à préférer le Nigeria au Bénin pour l’exportation de son pétrole brut, Muhammadu Buhari a lancé la construction d’un chemin de fer, d’une valeur de 1,9 milliard de dollars, pour relier la ville de Kano au Nigeria à celle de Maradi au Niger. En réponse aux critiques suscitées par sa décision, Muhammadu Buhari justifie la construction de ce chemin de fer par le fait que les frontières tracées par les colons en Afrique ne tenaient pas compte des réalités anthropologiques des peuples africains. Mais c’est le Bénin qui se voit directement viser. Après la crise née de la fermeture des frontières nigérianes avec le Bénin pendant 16 mois, cette décision ne risque-t-elle pas de compliquer à nouveau les relations entre le Bénin et son géant voisin de l’Est ?

Verbatim des propos de Muhammadu Buhari

« Vous voyez, j’ai parlé à un français et vous savez, il disait n’importe quoi. Je lui ai dit vous autre en 1885, vous vous êtes assis avec une règle et un crayon et vous avez tracé des lignes. Je lui ai dit que j’avais des cousins germains au Niger. Il y a des Kanuris, il y a des Haoussas, il y a des Fulanis en République du Niger, tout comme il y a des Yorubas en République du Bénin et ainsi de suite. On ne peut pas entièrement être coupé d’eux. Mais les rails, regardez le plan, si vous regardez le plan, comment nous réhabilitons les rails, comme vous le savez, le Niger aussi a découvert du pétrole. Et nous ne souhaitons pas les voir passer par la République du Bénin. Nous voulons qu’ils passent par le Nigeria. Nous espérons qu’ils décideront lorsque nous aurons mis en place le chemin de fer jusqu’à Maradi, de faire transiter toutes leurs exportations par le Nigeria plutôt que par le Bénin. Parce que si les chemins de fer et les routes fonctionnent de Maiduguri (principale ville de l’État de Borno dans le nord-est du Nigeria. Ndlr) à Port Harcourt (principale ville de l’État de Rivers au sud du Nigeria. Ndlr), de Kano à Lagos, ainsi de suite, les gens seront très occupés et je crois que si nous rendons opérationnels les infrastructures, les routes, les rails, je vous assure que les Nigérians seront très occupés et qu’ils vous laisseront en paix. »

B.H

Société – Matin Libre

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