Quinquennat 2021-2026 de Talon 2 : les syndicalistes se prononcent

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Anselme AMOUSSOU, Sg-CSA

Le Chef de l’Etat a voulu donner un cachet spécial à ce nouveau mandat qu’il a promis hautement social. Et en tant qu’acteur social, cette qualification nous interpelle, en ce sens que le reproche qu’on a fait au premier mandat du président Talon était qu’il manquait cette petite touche. On avait le sentiment que, parce que c’était un mandat dit de réformes, elles étaient tellement douloureuses qu’on s’est demandé si le Chef de l’Etat savait qu’il dirigeait des humains. Annoncer le mandat sera hautement social me donne le sentiment que le Chef de l’Etat a certainement compris qu’il faut faire attention à un certain nombre de paramètres importants. S’il se satisfait du bilan du premier mandat, c’est parce que nous, en tant que citoyens et travailleurs, y avons contribué. Nous avons subi des lois dures, mais nous y avons contribué par notre travail. Il est donc important qu’il y ait ce retour d’ascenseur.
Nous devons nous entendre sur le contenu du social, tel que vu par le Chef de l’Etat. Sommes-nous en phase avec son mandat dit social ? Parce que vous comprendrez que le Chef de l’Etat parle beaucoup du bien-être collectif, et nous avons tendance à parler du bien-être individuel. Le social, selon le Chef de l’Etat, serait la mise en œuvre du projet Arch, la construction des infrastructures scolaires, l’extension de l’eau, la construction des cantines scolaires et autres. Ce qu’il faut faire, c’est de rappeler également au Chef de l’Etat une amélioration du Smig qui est actuellement à 40.000 FCFA. C’est inconcevable dans un pays qui veut se développer. Nous devons également lui rappeler que le social est le paiement des retards sur salaires, ça doit être l’amélioration des revenus des travailleurs, la révision ou l’amélioration des contrats des aspirants au métier d’enseignant. Il faut que l’Etat leur propose un contrat plein. Ce sont de petites actions que le Chef de l’Etat peut poser rapidement en vue de rendre le nouveau mandat moins douloureux.
Il y a des efforts qui ont été faits, mais qui ne sont pas directement liés au salaire des travailleurs. Quand on parle des cantines scolaires, personne ne peut nier que c’est du social. Pareil pour le projet Arch. Mais on ne peut pas oublier que le bien-être collectif passe par le bien-être individuel. S’il a estimé qu’il faille mieux traiter ses ministres, je souhaite qu’il traite autant les travailleurs.

Moudassirou Bassabi, Sg-Cgtb

Ce sont les propos d’un homme qui connaît le terrain, parce qu’il vient de finir un mandat de 5 ans. S’il dit que le mandat sera hautement social, c’est forcément qu’il a évalué ses rendements et s’est rendu compte que c’est le ‘’piment” ou le ‘’sel” qui ont manqué à ses œuvres. Nous syndicalistes, avons passé toute la première mandature à réclamer et à exiger qu’un regard social soit porté sur nos compatriotes. En réponse à ce regard social, le Chef de l’Etat a insisté qu’il fallait tenir les réformes, serrer les ceintures. En se référant aujourd’hui aux propos du Chef de l’Etat, je pense qu’il faut commencer par desserrer la ceinture. Et si on desserre la ceinture, cela veut dire que le panier de la ménagère va s’améliorer, que les salariés seront payés comme cela se doit, et que les perspectives concernant l’ajustement du coût de vie au revenu seront sérieusement débattues. On verra notamment les questions du Smig, la hiérarchisation des salaires et les arriérés salariaux. Au-delà, nous allons structurer le secteur informel de manière à ce que l’emploi soit décent partout.
Le chef de l’Etat a également insisté que l’Etat va revenir dans le secteur industriel. Cela suppose qu’il y a des emplois en perspective. Cela pourrait soulager les déficits au niveau des Fonds nationaux de retraite. Là aussi, il est important pour nous de regarder un peu l’enseignement technique, avec en perspective une cinquantaine de lycées techniques d’ici 2023. C’est aussi une façon de faire en sorte que la formation au métier puisse prendre le pas sur celle générale. En gros, il s’agit d’un message assez fort, qui parle d’un mandat hautement social. C’est dire que la gouvernance sous la rupture va prendre une autre tournure qui permettra de calmer les tensions. Cela exige de chacun de nous un état de veille et un engagement fort.
Ce qui s’est passé l’année dernière, ce n’était pas un apurement, mais une liquidation partielle de ce qui était dû aux travailleurs. Il ne faut pas oublier que c’était pour les actes comptabilisés sous la mandature et non pas pour tous les actes échus. Donc, les arriérés n’ont jamais été entièrement apurés. Quelques-uns ont été satisfaits entièrement, d’autres partiellement, d’autres sont restés sur le quai. L’un dans l’autre, il y a eu un petit pas qui a été réalisé. Et ce progrès doit se poursuivre, et c’est ça que nous demandons.
Au-delà de tout, le dialogue social est à l’image des acteurs. Nous sommes sortis d’une élection professionnelle qui devrait avoir clarifié le paysage syndical. On fera l’expérience d’après les élections professionnelles, et on verra la suite. Le progrès du dialogue social dépendra de la maturité des acteurs en présence, et surtout de l’engagement que les uns et les autres prendront de voir prospérer les conditions des travailleurs.

Noel Chadaré, Sg-Cosi-Bénin

Lors de la première mandature, les travailleurs ont mangé leurs pains noirs. Ils n’ont pas connu d’augmentation d’indice salarial, ni l’augmentation du Smig, ni la hiérarchisation des salaires. L’emploi a été précaire. Ce qu’on attend, c’est que le gouvernement augmente l’indice salarial. Le salaire finit aussitôt perçu. Le maïs, l’eau, l’électricité, les impôts et autres coûtent chers. Il faut également augmenter le Smig. On ne peut plus vivre avec 40.000 FCFA au Bénin. On attend aussi que le social se pense sur les nombreux rappels qui sont dus aux travailleurs et aux agents retraités. Il faut véritablement créer des emplois, parce que le chômage est devenu endémique. Nous ne voulons pas parler d’emploi précaires. Je veux parler de la situation des Aspirants au métier d’enseignant. Il faut créer des emplois de longue durée. Il faut également que le projet Arch entre véritablement dans sa phase de généralisation. Ceci permettra aux travailleurs de l’informel de bénéficier de la protection sociale et du micro-crédit. En même temps qu’on fait cela, on peut continuer les œuvres sociocommunautaires qu’on apprécie d’ailleurs. Il faut reconnaître que des efforts ont été faits, notamment les cantines scolaires, les microcrédits aux femmes, la construction des points d’adduction d’eau sur l’étendue du territoire, l’électricité et autres. C’est bien, mais il ne faut pas se limiter à cela. Il faut penser aux travailleurs qui produisent la richesse. Se limiter à ce qui a été fait, on n’aura pas un bilan hautement social.
propos recueillis par Arnaud DOUMANHOUN

Fraternité

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