Recrudescence de vices divers: Sale temps pour Abomey-Calavi

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(A l’épreuve du réceptacle ?)

Depuis un moment, elle fait tristement le tour des médias locaux de par les faits de société. La commune d’Abomey-Calavi semble, au vu des clichés, battre son plein en matière d’immoralité et d’amoralité. Pour des observateurs, cela est dû à sa croissance démographique. Mais loin de  là…

 

La nouvelle ville à statut particulier s’illustre négativement ces derniers temps. Sous les projecteurs et plumes des médias, ironie du sort ou pure coïncidence, elle écrit, en tout cas, bien de sombres pages. Ceci, au point qu’il faudrait plus sécuriser cette ville qui s’agrandir de jour en jour, pensent les faiseurs d’opinion.

Jeudi 02 septembre 2021. Sur convocation express de Véronique Tognifodé, Ministre des Affaires Sociales et de la Microfinance, le Comité communal de protection de l’enfant d’Abomey-Calavi s’est réuni en session extraordinaire. À l’ordre du jour, un seul point : Que faire pour contrer efficacement la recrudescence des cas de viols sur mineures dans la commune. En effet, les statistiques apeurent. Du 1er janvier au 1er septembre 2021, soit en 7 mois, 26 cas de viols sur des mineures âgées de 4 à 15 ans, ont été enregistrés à Abomey-Calavi, confie Nadège Ahoga Codo, Directrice départementale des Affaires sociales et de la Microfinance. Seul, le mois d’août a connu 5 cas. Dans la foulée, c’est un militaire qui sodomise et viole un jeune homme, le 23 septembre 2021. Une femme enceinte quant à elle décède après avoir été battue par son mari. Les faits qui se sont déroulés à Glo-Djigbé, un arrondissement d’Abomey-Calavi. «Les faits remontent au 5 août 2021, où la femme enceinte de 4 mois a été battue par son époux, puis rejoint ses parents avant de perdre la vie le 30 août 2021 à l’hôpital de zone d’Abomey-Calavi», rapporte l’Ong, Famille nutrition et développement (Fnd) de Hélèna Capo-chichi. Comme si cela ne suffisait pas, l’Université d’Abomey-Calavi  fait son entrée avec  un professeur à la Faculté de droit auteur de violences conjugales battant copieusement sa femme sous le regard impuissant de leurs enfants et dont la vidéo est devenue virale. La Faculté des Sciences et Techniques (Fast) de l’Université d’Abomey-Calavi (Uac) est secouée, quant à elle, par une affaire de harcèlement et agression sexuelle mettant en cause les trois responsables administratifs : le doyen de la Fast, le vice-doyen et le chef scolarité de la Fast-Uac selon la plainte de la victime, une étudiante qui a effectué un stage au Décanat de la Faculté des sciences techniques de l’Université d’Abomey-Calavi. Pour une commune qui semble être, d’après les travaux réalisés par  Ludovic Guèdègbé (Abomey Calavi (village Zogbadjè), mai 2008) le manoir (lieux de conflits fréquents) des conflits domaniaux vu les nombreux problèmes liés au foncier et les différentes décisions de justice qui y sont exécutées (selon  le juge Gilbert Togbonon, auteur du Guide sur le foncier plus de 75% des dossiers pendant devant le tribunal de Calavi traitent des problèmes domaniaux), Abomey-Calavi, vraisemblablement, est à prendre au sérieux.

A l’épreuve du réceptacle

Les années 1990 ont marqué un tournant important dans l’occupation des terres des communes d’Abomey-Calavi, de Sèmè-Podji et de Ouidah, périphérie de Cotonou. D’une part, cette période d’après des travaux de recherche réalisés par  Moïse Chabi, Maître-Assistant à l’Université nationale des sciences technologie, ingénierie et mathématiques (Unstim) d’Abomey (Bénin), correspond à l’épuisement des réserves foncières de la ville de Cotonou et d’autre part, les équipements structurants implantés à la périphérie facilitaient l’accès aux parcelles constructibles et à certains services urbains (M. Chabi, 2013, p.168). «Les communes périphériques, notamment Abomey-Calavi, Sèmè-Podji et Ouidah sont devenues le réceptacle de la population de Cotonou… Elles accueillent alors tous ceux de Cotonou qui veulent construire leur résidence ou avoir un cadre de vie plus spacieux et confortable. A cet aspect, s’ajoute le choix des gouvernants d’y mettre certains équipements structurants. Ces deux formes d’accueil s’accompagnent de très fortes demandes en parcelles constructibles, des besoins en services et en ressources qui se traduisent par toutes sortes de pression»,  fait-il savoir. En effet, cette dynamique urbaine sans précédent que vit la commune d’Abomey-Calavi, impacte sérieusement la sécurité des personnes et des biens. Elossi Alain Sogbo dans «Dynamique urbaine et insécurité dans la commune d’Abomey-Calavi » ressort de cette étude que la commune d’Abomey-Calavi connaît une dynamique urbaine due à la croissance démographique (47 000 à 400 000 habitants de 1979 en 2012) et à l’extension spatiale. Les statistiques révèlent des prévisions jusqu`en 2100 de 1,585,636 habitants. «Cette croissance démographique de la population a considérablement contribué à l’insécurité qui se fait observer par la propension des victimes à se plaindre. Dans l’arrondissement d’Abomey-Calavi, le nombre de délinquants et criminels déférés par la Gendarmerie qui était de 570 en 2009 est passé à 715 en 2012», renseigne Elossi Alain Sogbo. Des années après, la donne n’a malheureusement pas changé. Bien au contraire. Dans cette commune du département de l’Atlantique, l’insécurité a pris de l’ampleur.

Au-delà de la dynamique urbaine

Pour le Sociologue Florent Tasso, le seul facteur de l’urbanisation ne peut justifier la récurrence des cas de violences et autres à Abomey-Calavi. «Même dans les localités faiblement urbanisées, elles existent et sont ancrées dans le quotidien des populations», apprécie-t-il. Pour lui, les faits sus-cités existaient depuis longtemps dans notre société. «Si un constat doit être fait, c’est que ces derniers temps, ils ont été beaucoup plus médiatisés et la forte médiatisation fait qu’on a tendance à croire qu’il s’agit d’une réalité sociale nouvelle en soi alors qu’elle ne l’est pas», signifie le Sociologue, aux dires de qui, tous ces faits font partie même de l’essence de notre société. «Là où il y a interaction sociale, dans la dynamique des rapports sociaux, les conflits et au-delà, les violences peuvent survenir. C’est inhérent à la vie sociale. C’est vrai que ces faits ont été observés ces temps dans la commune d’Abomey-Calavi mais ça ne veut pas dire qu’ils n’existent pas avec beaucoup plus d’ampleur dans d’autres communes», relève-t-il. N’en demeure toutefois pas que le développement vertigineux de la commune d’Abomey-Calavi doit s’accompagner de dispositions idoines sur tous les plans. C’est maintenant ou jamais.

Cyrience KOUGNANDE

Société – Matin Libre

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