Servan Ahougnon (Agence Ecofin) Afghanistan: Retour sur la journée où le pouvoir est tombé aux mains des talibans

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Les combattants talibans sont entrés dans Kaboul dimanche 15 août 2021. Ils se sont emparés du palais présidentiel. Le président Ashraf Ghani, en fuite à l’étranger, a reconnu : « Les talibans ont gagné ». Presque 20 ans après avoir été chassés du pouvoir, la victoire militaire des talibans est totale.

 

À retenir de cette journée du dimanche 15 août :

► Au moment où les insurgés finissaient d’encercler la capitale, le président afghan, Ashraf Ghani, a pris la fuite à l’étranger, et se trouvait dimanche soir au Tadjikistan, selon le groupe de médias Tolo.

► Les talibans sont entrés dans Kaboul et ont investi le palais présidentiel en criant victoire.

► Les évacuations des ressortissants étrangers ont débuté à l’aéroport de Kaboul.

► La France va envoyer deux avions pour évacuer ses ressortissants en direction de la base militaire française d’Abou Dhabi. Emmanuel Macron doit présider un Conseil de défense sur la situation en Afghanistan lundi 16 août à la mi–journée et s’exprimera à 20 heures.

Les événements de la journée :

Le chef de l’ONU, Antonio Gutteres, appelle les talibans à « la plus grande retenue ». « Le secrétaire général est particulièrement préoccupé par l’avenir des femmes et des filles, dont les droits durement acquis doivent être protégés », a dit l’ONU dans un communiqué. Le Conseil de sécurité de l’ONU doit se réunir ce lundi 16 août pour débattre de la situation en Afghanistan.

 « On continue de signaler de graves abus et violations des droits de l’homme dans les communautés les plus touchées par les combats », a déclaré le porte-parole de l’ONU, Stéphane Dujarric, dans le communiqué. « Toutes les exactions doivent cesser », a ajouté le porte-parole.

Le Pentagone autorise l’envoi de 1 000 soldats supplémentaires pour aider à l’évacuation de la capitale afghane Kaboul, a déclaré un responsable américain, ce qui porte à 6 000 le nombre total de militaires attendus en Afghanistan, selon l’agence Reuters.
Des dizaines de combattants talibans ont pris le palais présidentiel à Kaboul, clamant leur victoire sur le gouvernement afghan, selon des images télévisées. « Notre pays a été libéré et les moudjahidines sont victorieux en Afghanistan », a déclaré du palais présidentiel un des responsables talibans à la chaîne de télévision Al Jazeera.

Armed Taliban fighters have entered Afghanistan’s presidential palace in Kabul hours after President Ashraf Ghani fled the country.

Déjà « plusieurs centaines » d’employés de l’ambassade américaine ont été évacués d’Afghanistan, a indiqué un responsable du Pentagone.
« Les talibans ont gagné », a déclaré le président en fuite Ashraf Ghani. Il dit avoir fui son pays pour éviter « un bain de sang ».« Les talibans ont gagné (…) et sont à présent responsables de l’honneur, de la possession et de l’auto-préservation de leur pays », a-t-il ajouté dans un message sur Facebook dimanche dans la soirée. Le président Ghani – qui n’a pas précisé où il était parti, mais qui se trouverait au Tadjikistan selon le groupe de médias afghan Tolo –, s’est déclaré convaincu que « d’innombrables patriotes auraient été tués et que Kaboul aurait été détruite » s’il était resté en Afghanistan.
L’Allemagne entame immédiatement l’évacuation des membres du personnel de son ambassade à Kaboul, actuellement présents à l’aéroport, a annoncé dimanche en début de soirée le ministre des Affaires étrangères. « Une partie d’entre eux vont décoller de Kaboul plus tard dans la journée », a dit Heiko Maas, au cours d’une conférence de presse à Berlin. Par ailleurs, des « avions de la Bundeswehr (l’armée allemande) partiront ce soir » d’Allemagne, pour aider à l’évacuation dans les prochains jours, a-t-il ajouté.
Les talibans se sont emparés du palais présidentiel, ont confirmé trois de leurs hauts responsables à l’Agence France-Presse. Ils ont annoncé être entrés dans de nombreux quartiers de Kaboul. « Des unités militaires de l’Emirat islamique d’Afghanistan sont entrés dans la ville de Kaboul pour y assurer la sécurité », a annoncé sur Twitter un porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid, ajoutant : « Leur progression se poursuit normalement ».
L’Otan affirme que tous les vols commerciaux depuis l’aéroport de Kaboul seront suspendus, seuls les avions militaires sont autorisés à opérer.
La France déploie à partir de lundi un gros porteur de transport militaire, un A400M, pour évacuer ses ressortissants encore présents à Kaboul. Il partira lundi matin 6 h TU d’Orléans en direction de la base militaire française d’Abu Dhabi d’où plusieurs rotations sont programmées avec Kaboul afin d’exfiltrer un total d’environ 200 personnes, rapporte Vincent Souriau, notre envoyé spécial à Dubaï. La ministre des Armées, Florence Parly, dans un tweet a annoncé également l’envoi d’un C130.

La France déploie un A400M pour évacuer ses ressortissants encore présents à #Kaboul. Il partira demain 8h00 d’Orléans en direction de la base militaire française d’Abu Dhabi d’où plusieurs rotations sont programmées avec Kaboul afin d’exfiltrer environ 200 personnes #Afghanistan

L’Otan aide à sécuriser l’aéroport de Kaboul pour les évacuations. Le secrétaire général de l’Alliance atlantique Jens Stoltenberg a déclaré que l’Otan contribue à sécuriser l’aéroport de Kaboul pour permettre l’évacuation des ressortissants occidentaux face à l’avancée des talibans. « J’ai parlé avec le Premier ministre britannique Boris Johnson et les ministres des Affaires étrangères de nos alliés canadiens, danois et néerlandais de la situation en Afghanistan. L’Otan aide à maintenir ouvert l’aéroport de Kaboul pour faciliter et coordonner les évacuations », a écrit M Stoltenberg sur Twitter.
La situation sécuritaire à Kaboul évolue rapidement, y compris à l’aéroport où des tirs ont été signalés alors que les troupes américaines aident à l’évacuation. C’est ce qu’a déclaré dimanche dans une note de sécurité l’ambassade des États-Unis à Kaboul, selon l’agence Reuters. « Selon certaines informations, l’aéroport serait la cible de tirs, par conséquent, nous demandons aux citoyens américains de se mettre à l’abri sur place », a déclaré l’ambassade.
L’Union européenne indique que l’arrivée des talibans à Kaboul avait « rendu encore plus urgente la protection » contre de possibles représailles de son personnel afghan, qu’elle essaye de mettre en sécurité. « La situation est très urgente, nous la prenons très au sérieux et continuons de travailler ensemble, avec les Etats membres de l’UE, à la mise en place de solutions rapides pour eux (le personnel afghan) et pour leur sécurité. Nous sommes en contact étroit (…) avec les Etats membres pour maximiser les possibilités, pour nos employés locaux et leurs personnes à charge, de déménager dans un endroit sûr », a déclaré un porte-parole de l’UE.
La France a décidé de relocaliser son ambassade en Afghanistan sur le site de l’aéroport de Kaboul en raison de la situation sécuritaire après l’entrée des combattants talibans dans la capitale afghane, a annoncé le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian.
Emmanuel Macron doit présider un Conseil de défense sur la situation en Afghanistan. Il se tiendra lundi 16 août, à midi, en visioconférence. « La priorité immédiate et absolue dans les prochaines heures est la sécurité des Français, qui ont été appelés à quitter l’Afghanistan, ainsi que des personnels sur place, français et afghans », a indiqué l’Élysée à l’Agence France-Presse. Le président s’exprimera lundi à 20 heures, à propos de la situation en Afghanistan.
Les combattants talibans ont reçu l’ordre d’entrer dans Kaboul dimanche 15 août dans l’après-midi, a annoncé l’un de leurs portes-parole.
Des centaines de personnes se précipitent vers l’aéroport pour fuir le pays.

AFGHANISTAN – Images irréelles depuis l’aéroport de #Kaboul, en #Afghanistan, où des centaines de personnes tentent de fuir le pays face à l’imminente prise de pouvoir des Talibans. (  Snapchat) #Kabul pic.twitter.com/K0BuFX9goT

— Focus (@FocusFR_) August 15, 2021

Le président afghan Ashraf Ghani a quitté l’Afghanistan, au moment où les talibans sont entrés dans Kaboul. C’est ce qu’a annoncé peu avant 16 heures l’ancien vice-président Abdullah Abdullah. « L’ancien président afghan a quitté la nation », a déclaré dans une vidéo publiée sur sa page Facebook M. Abdullah, qui est aussi le chef du Haut Conseil pour la réconciliation nationale et le rival politique de Mohammad Ashraf Ghani.

« Je sais qu’aujourd’hui vous avez passé une difficile journée. Dans la situation actuelle, j’espère que vous gardez votre calme. Je demande aux forces de sécurité d’œuvrer pour le maintien de l’ordre. Je demande aux talibans de ne pas entrer dans la ville et de permettre aux négociations d’aboutir afin d’éviter l’effusion du sang et de destruction. L’ancien président afghan a quitté l’Afghanistan et a laissé le pays et le peuple dans une telle situation. Dieu le jugera tout comme le peuple afghan », déclare M. Abdullah.

Selon l’application Flightradar, qui recense l’ensemble des vols civils internationaux, les plus surveillés ce dimanche sont au départ de Kaboul, capitale encerclée par les talibans. Le monde scrute donc l’Afghanistan, sur le point de revenir dans le giron des insurgés, vingt ans après l’intervention internationale de 2001. Provoquée par les attentats du 11-Septembre, cette intervention avait conduit à la fuite du mollah Omar, chef du Conseil suprême de l’Émirat islamique afghan et allié d’Oussama Ben Laden.

 

« Les Afghans ne doivent pas s’inquiéter »

Un peu plus tôt dans la journée, le ministre afghan de l’Intérieur a déclaré ce dimanche, dans un message vidéo, qu’un « transfert pacifique du pouvoir » allait rapidement s’opérer vers un gouvernement de transition. « Les Afghans ne doivent pas s’inquiéter », assure Abdul Sattar Mirzakwal. « Il n’y aura pas d’attaque sur la ville », ajoutait-il.

 « L’Émirat islamique ordonne à toutes ses forces d’attendre aux portes de Kaboul, de ne pas essayer d’entrer dans la ville », a déclaré ce dimanche matin, sur le réseau social Twitter, un porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid. « Nous ne voulons pas qu’un seul civil afghan innocent soit blessé ou tué. » Des habitants contactés par l’Agence France-Presse avaient rapporté que des combattants talibans armés étaient présents dans leur quartier. Mais « il n’y a pas de combats », précisait l’un d’eux.

Les talibans ont confirmé vouloir récupérer le pouvoir en Afghanistan sans effusion de sang, par un transfert pacifique. Cela pourrait avoir lieu sur plusieurs jours, ont-ils expliqué à la BBC. « Dans les jours à venir, nous voulons un transfert pacifique » du pouvoir, a en effet assuré Suhail Shaheen, un porte-parole basé au Qatar, dans le cadre d’un groupe engagé dans les négociations.

Déclaration d’Ashraf Ghani avant de quitter le pays

À la mi-journée, heure de Paris, ce dimanche, le président Ashraf Ghani avait pris la parole. Il avait demandé aux forces de sécurité de garantir « la sécurité de tous les citoyens », en maintenant l’ordre public à Kaboul, point. « C’est notre responsabilité et nous le ferons de la meilleure manière possible. Quiconque pense à créer le chaos ou à piller sera traité avec force », avait déclaré le chef de l’État dans un message vidéo envoyé à la presse.

 

Kaboul: le point de notre correspondante à 11h heure de Paris

Sonia Ghezali

L’ambiance est étrange, électrique, expliquait notre correspondante Sonia Ghezali à la mi-journée. Signe de la présence des talibans dans la ville et sa périphérie, on apercevait dans la matinée des fumées dans l’ouest de Kaboul, où vit la minorité chiite. Des échoppes y ont été brûlées par les insurgés, raconte un habitant contacté par RFI. Des portraits de femmes ont aussi été arrachés des devantures de certaines boutiques, comme les salons de beauté. Les ambassades sont en train d’évacuer leurs ressortissants.

Les insurgés s’étaient déjà emparés sans résistance ce dimanche de la ville de Jalalabad, position-clé sur la route du Pakistan voisin, quelques heures après avoir pris Mazar-i-Sharif, quatrième plus grande ville afghane et principal centre urbain dans le nord. Méthodiquement, les talibans se sont rapprochés cette semaine d’une prise complète du pouvoir sur le terrain, après une campagne militaire d’une rapidité stupéfiante qui les amène, aujourd’hui, à contrôler plus d’une vingtaine de provinces.

Une poignée de villes mineures, sans importance stratégique, éparpillées, sont encore sous le contrôle du gouvernement. Mais elles sont coupées de Kaboul. La déroute est totale pour les forces de sécurité afghanes, abreuvées pendant deux décennies de centaines de milliards de dollars par les États-Unis.

Le président américain Joe Biden a porté à 5 000 soldats le déploiement militaire à l’aéroport de Kaboul. Ces troupes ont pour mission d’évacuer les diplomates américains et des civils afghans ayant coopéré avec Washington. Le Pentagone parle d’environ 30 000 personnes à rapatrier. Le balai des hélicoptères entre l’aéroport et l’ambassade, dans la zone verte, est incessant. Les personnels américains sont en train de détruire des documents sensibles, ou tout autre symbole dont pourraient s’emparer les talibans.

Biden a menacé les insurgés de répondre avec rapidité et force à leurs manœuvres, si celles-ci venaient à mettre en danger ses ressortissants. En revanche, le numéro un américain assume le repli de son pays, à l’origine de ce retour en force taliban. Il entend mettre fin à vingt ans de guerre, un record pour Washington. Son constat : « Une année ou cinq années de plus de présence militaire américaine n’aurait fait aucune différence, quand l’armée afghane ne peut ou ne veut pas défendre son propre pays. »

Le Royaume-Uni a également annoncé le redéploiement de 600 militaires, ainsi que la convocation en urgence du Parlement de Londres. Plusieurs pays occidentaux vont réduire au strict minimum leur présence à Kaboul, voire fermer provisoirement leur ambassade. La Russie, elle, ne prévoit pas d’en faire de même, selon un responsable du ministère des Affaires étrangères s’adressant à une agence russe. Zamir Kabulov dit être « en contact direct » avec l’ambassadeur russe. Et d’ajouter que les employés continuaient sur place à travailler dans « le calme ».

La Russie fait partie des pays qui auraient reçu des garanties de la part des talibans quant à la sécurité de leurs ambassades, peut-on comprendre en lisant l’agence RIA Novosty. Les talibans semblent vouloir ménager les puissances étrangères. Moscou œuvre par ailleurs, avec d’autres pays, pour la tenue très rapide d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations unies, toujours selon M. Kabulov.

Autre réaction très attendue : celle de l’Alliance atlantique, qui estime qu’il est plus que nécessaire aujourd’hui de trouver une solution politique au conflit en Afghanistan. « Nous soutenons les efforts des Afghans pour trouver une solution politique au conflit, ce qui est plus urgent que jamais », a déclaré un responsable de l’Otan à l’AFP.

Enfin, face à une dégradation jugée « très préoccupante », la présidence française a déclaré que la priorité « immédiate et absolue » était donnée à la sécurité des Français présents sur place. Ils sont invités à partir, a fait savoir l’Élysée, qui précise que cet appel s’adresse aussi aux personnels « français et afghans ». Selon son entourage, Emmanuel Macron « suit heure par heure » l’évolution de la situation, en lien étroit avec son ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, et la ministre des Armées.

 

rfi.fr

Politique – Matin Libre

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