Showbiz au Bénin, des années 90 à aujourd’hui: Sur les traces de la musique parakoise

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Le 21 juin dernier, le monde entier a fêté la musique, un évènement qui symbolise la puissance de la création artistique et sonore à travers les continents. A l’instar de leurs collègues, les artistes de Parakou ne sont pas restés en marge de cette célébration. A l’espace culturel Windepkè de l’acteur culturel dans le Septentrion, Rodrigue Gotovi, toutes les grosses cylindrées du monde musical du Borgou, depuis les années 90 à aujourd’hui, étaient sur scène. Une opportunité saisie, à travers le temps et l’espace, pour procéder à l’état des lieux de la musique dans cette ville.

 

La ville de Parakou a connu des artistes de la musique de renom qui, à travers le temps et l’espace, ont fait sa fierté. Sur leurs traces, ceux qui font partie de la jeune génération ne manquent également pas de talents. Leurs productions musicales regorgent de mélodieuses et virtuoses sonorités.

Les plus récents parmi eux sont Sam Sounon Daniel qui suit des cours de renforcement de capacités en Italie. Outre Angelo Moustapha qui réside en Belgique, il y a aussi Jolidon Lafia qui vit à Lyon. Ce qui fait dire que Parakou est un nid de talents intarissables. En témoigne l’état des lieux effectué, des années 90 à aujourd’hui.

Retour dans le passé

Au commencement, il y avait le premier studio de musique à Parakou, studio Olouwa Tobi Loba de l’acteur du développement culturel, musicien, ingénieur de son et chanteur, Eric Sant’Anna. Encré dans le showbiz depuis son enfance, ce dernier a installé ce premier studio de musique, lequel totalise près d’une trentaine d’années maintenant. « C’est le tout premier studio dans tout le Nord. Je suis venu à Parakou en 1990, en tant que comptable, puis j’ai découvert le groupe Sam 11 première formule. J’ai été accueilli par le frère Gabin Assouramou. A la sortie du service à 12h30, je travaille avec lui pour maîtriser le répertoire », a confié Eric Sant’Anna. « Mon amitié avec Ferry Finagnon m’a fait découvrir un jour, un enregistreur que j’ai commandé par la suite. On s’amusait à faire des enregistrements et c’est parti, le studio est né. De façon autodidacte, c’est comme ça, on faisait des essais presque à zéro franc, parce que certains musiciens n’arrivaient même pas à s’acheter des bandes qui coutaient 3 500 F CFA. Donc on se débrouillait comme ça lorsqu’un jour, Ferry Finagnon a amené Alpha Mim pour l’enregistrement de son titre ‘’Mbakako’’ », poursuit-il. « Ce son a été enregistré sur quatre pistes. Ensuite, il fallait aller à Cotonou pour le master chez Oscar Kidjo. Que ce son vienne de Parakou, il n’y a pas cru facilement. Après le master et la sortie du son, Parakou a commencé par sonner le monde musical. C’est dans ces conditions que le studio a été installé, puis a évolué. Notre principal objectif, ce n’était pas de gagner de l’argent », a-t-il expliqué. « Les artistes du Nigeria, du Ghana, du Togo et d’autres nationalités ont commencé pas poser leurs valises à Parakou. Ce qui fait que de 4 pistes, on est passé à 8 pistes jusqu’à maintenant ou le numérique a pris le dessus», a-t-il également laissé entendre.

Mais comment est-ce qu’il a commencé la musique avant la création du studio ?

« J’ai été bercé par la musique. Donc c’est une affaire de sang, si je peux m’exprimer ainsi,  parce que le premier bar dancing qui existait à l’époque au Bénin et qu’on appelait « TONGNIVIADJI », c’est mon feu grand-père qui l’a ouvert », renchérit-il. « Il y avait des orchestres qui venaient du Nigeria, du Ghana, du Togo, de la Côte d’ivoire pour faire de la musique live. Moi j’étais encore enfant. Malgré que le bar dancing soit dans la maison, on n’y avait malheureusement pas accès. Mais, on suivait tout par la fenêtre. Je fredonnais pas mal de chansons. J’avais un oncle, le feu Francis Sant’Anna. Il était étudiant à Amiens en France. Lorsqu’il est revenu pour les vacances, il m’a ramené un tourne-disque de marque Phillips avec plein de disques de Joe Dassin, Georges Brassens et autres. En ce temps, j’avais 7 ans », se souvient-il. « Avec un électrophone dont très peu de personnes, de fonctionnaires avaient les moyens de se procurer alors, je me suis habitué à le jouer. Mon oncle en question était un guitariste. En fait, la famille avait un orchestre dont j’étais le chef d’orchestre. On chantait tous dans la famille, qu’on le veuille ou non. Voilà d’où l’aventure a commencé. Je suis rentré dans un groupe qu’on appelait le Tchèks Faith où j’ai connu un ami, Joslin Fiéhintô, un guitariste talentueux, qui continue toujours de jouer. La plupart des gens de ma tranche d’âge que j’ai connu, n’ont pas lâché le travail comme moi », précise-t-il.

Du premier musicien produit

Mama Ibourahima Awali alias Alfa Mim est l’un des premiers musiciens produit dans le premier studio de musique à Parakou. « L’enregistrement de mon premier album s’est fait dans les règles de l’art. Mais, il faut avouer que les difficultés étaient nombreuses. Les artistes de ma génération, on était des élèves. Pour écrire les textes, c’était un peu difficile. De plus, nos textes étaient moins matures. L’enregistrement se faisait dans un studio analogique. On n’avait pas la possibilité de poser la voix par intermittence comme aujourd’hui », se rappelle Alfa Mim, comme difficultés rencontrées en leur temps. « Quand tu chantes et que tu rates, il fallait reprendre le morceau. On pouvait reprendre plusieurs fois et cela nous épuisait en énergie. Il nous fallait également de la technicité afin de mieux nous accorder avec les instruments, parce qu’il n’y avait pas d’ordinateurs. Si un instrument rate, il fallait reprendre toute la chanson. On avait aussi du mal pour payer le studio. C’est vrai qu’en son temps, on devait débourser autour de 20 000 ou 30 000 F CFA. La promotion de l’album à la télévision était un peu difficile, car il fallait se rendre toujours à Cotonou pour le faire », se souvient-il encore. C’est avec ces difficultés qu’il a fait enregistrer son album en 1996, avant qu’il ne sorte en 1998. De même, il lui fallait sorti l’album sous forme de K 7. « La duplication se faisant à Lomé, il n’y avait pas de carte mémoire. A un moment donné, nous avons eu quelques avantages avec l’avènement des CD qui ont disparu, tout comme les cartes mémoires avec l’évolution du numérique. Aujourd’hui, nous avons cette facilité avec le numérique qui a aussi ces inconvénients d’une manière ou d’une autre », fait remarquer l’artiste.

Un envol pour la musique parakoise ?

Selon l’ingénieur culturel, artistique et promoteur de l’espace culturel Windepke, Rodrigue Gotovi alias Aladji Zoro, d’hier à aujourd’hui, la musique parakoise a fait son petit bonhomme de chemin. « Il y a eu du chemin parcouru, pas dans l’aisance. C’est difficile, parce que le contexte socio-culturel et religieux n’est pas forcement favorable à l’émergence de l’artiste et de l’industrie musicale comme cela se doit. La musique à Parakou dans son ensemble, n’a pas décollé. Il y a eu des individualités, des artistes qui ont décollé et qui se sont imposés, non seulement au plan régional, mais également au plan national. Ce contexte religieux dont je parle ne favorise pas la pratique de la musique en particulier, parce que ça expose, ça enfreint à des règles religieuses », fait-il observer. « Je vous donne un exemple. A Parakou, la religion musulmane est dominante et lorsqu’une femme pratique la musique, cela donne une perception péjorative de cette femme-là. Zouley Sangaré en a subi de plein fouet et aujourd’hui encore, il y a d’autres femmes qui subissent la même chose parce que dans la tête des gens c’est comme si une femme qui s’adonne à la musique est un boulevard pour la prostitution, pour des comportements proscrits par la religion. C’est pourquoi parfois, vous voyez des artistes qui sont obligés de quitter ici et d’aller s’imposer à Cotonou.

 

Fayçal DRAMANE

Culture – Matin Libre

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