Soirée politique Friedrich Ebert/Présidentielle 2021: Politiques et acteurs de la société civile font le bilan

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Jeudi dernier, à la Fondation Friedrich Ebert, s’est tenue la soirée politique autour du thème : « La présidentielle 2021 : et après ? ». Elle a réuni le vice-président du parti Les Démocrates Eugène Azatassou, le chargé de mission aux affaires politiques de la Présidence de la République et membre de l’Union progressiste Lazare Sèhouéto, le président de l’Ong Nouvelle éthique Joël Atayi-Guèdègbé et Ralmeg Gandaho, président de l’Ong Changement social Bénin. Sous la modération du journaliste Georges Amlon, la première partie du débat s’est intéressée au bilan de la présidentielle 2021. Mais avant, dans son allocution de bienvenue, le représentant de la Fondation allemande Friedrich Ebert Hans Joachim Preuss a noté, en tant qu’observateur, que les climats entre les acteurs politiques appartenant à de différents camps s’est constamment détérioré. Les taux de participation aux élections respectives se trouvent, selon lui, sur une pente alarmante. Une partie des opposants, des journalistes, des membres de la société civile n’osent plus exprimer leur mécontentement face à une vaque d’arrestations avant et après les élections, a-t-il observé. D’un autre côté, Hans Joachim Preuss constate que ceux qui défendent la situation doivent s’interroger sur pourquoi il y a eu très peu de développement économique pour une grande partie de la population, en 30 ans de démocratie. Ce qui amène à se demander le chemin que le Bénin va prendre après ces trois élections consécutives. Est-ce un Etat où les droits de l’homme ne sont que partiellement respectés parce qu’on croit que ceux qui sont en désaccord avec le gouvernement représentent un obstacle pour le développement du pays ? Est-ce un Etat qui se veut moderne, progressiste, un Etat novateur mais qui néglige les besoins des couches défavorisées ?

A la question de savoir quel bilan fait de la présidentielle 2021 ? Voici les réponses des invités. Verbatim

Eugène Azatassou : « un président de la République qui s’est nommé »

En ce qui nous concerne (Les Démocrates), comme les Législatives de 2019 et les Communales de 2020, les élections présidentielle ont été une élection d’exclusion qui s’est conduit comme toute situation d’exclusion qui  conduit à un certain nombre de violence. Il faut reconnaître que l’exclusion parfois conduit à la violence par voie de conséquent. C’est dommage. Le gouvernement a son explication mais ça a été une élection avec des éléments indignes d’une démocratie, que ce soient les bourrages d’urnes, les votes multiples, que ce soient les éléments qui discréditent une élection. C’est vrai le gouvernement a trouvé que c’est les opposants qui avaient organisé çà. Il faut en rire. Quel bilan, en réalité 2021, ça n’a pas été une élection. Ça a consacré la reconduction d’un président de la République. Donc le président de la République est là au même titre que les députés, les maires, un président de la République nommé, qui s’est nommé à ce poste et qui a choisi ses concurrents comme il a voulu. C’est dommage. C’est le bilan que j’en fais.

Lazare Sèhouéto : «  bilan très positif avec quelques difficultés »

 Je fais un bilan très positif de ce qui s’est passé avec quelques difficultés. Ces difficultés sont liées fondamentalement à notre histoire récente. Et que toute la classe politique, à un moment donné, était devenue consciente de ce que nous allions à la dérive. Que le nombre de partis que nous avions, l’absence de débat de qualité l’absence de réflexion concrète sur les problèmes concrets de notre société, que ce n’était pas de la démocratie. On en était convenu et on a engagé un processus pour réviser la loi portant Charte des partis politiques. Une partie de la classe politique, à partir de là, a commencé par poser des pas qui l’ont conduite dans le décor. Evidemment, c’est toujours mieux d’accuser les autres de ses propres fautes. Mais cette classe politique a tenté de se rattraper, n’a pas réussi à se rattraper et nous aurions voulu que certains de ces gens participent aux élections. Ils n’y ont pas participé par leur propre faute. Et puis, j’ai constaté que le 5, 6 mai, exactement comme le 1er et 2 mai 2020, des commandos ont pris d’assaut des routes pour poser un ensemble d’actes violents, présentés comme la réponse à ce qu’ils appellent exclusion. C’est pas la population qui s’est révoltée à Bantè et à Tchaourou. C’est des commandos. Qui sait ce qu’on appelle commando comprend donc que ce n’est pas la population. Que c’est des gens qui ont été armés, qui ont eu des armes, et qui n’ont pas voulu précisément qu’on ramène l’ordre. Il y a eu quelques affrontements. Et ces choses qui ont été vite maîtrisées, je les regrette personnellement parce qu’on aurait dû ne pas en arriver là. On aurait pu ne pas en arriver là. Mais pour danser le tango, il faut être deux. Quelle que soit la volonté du pouvoir en place, si les opposants ne veulent pas participer, si l’objectif est de ne pas participer, vous ne pouvez pas les y obliger. Je pense que, de ce point de vue, on n’a pas à les applaudir. Et si je dois me résumer, je dirai que les élections ont eu lieu malgré tout, qu’il y a eu de la tentative de les saboter, ça n’a pas fonctionné, le président de la République a été élu, un taux de participation, écoutez on peut toujours discuter des taux de participation ici comme ailleurs. Et je voudrais, de ce point de vue, dire que tout ce qui a été programmé, projeté comme cataclysme ne s’est pas produit, ce pays est debout et il est bien tenu.

Joël Atayi-Guèdègbé : « c’était pratiquement joué à l’avance »

C’est malheureusement des élections qui étaient sans grand suspens. D’abord, c’était pratiquement joué à l’avance, à travers la difficulté de mettre en œuvre les réformes dont parlait M Sèhouéto et les crispations qui sont survenues au cours du processus. Jusqu’à la veille de l’élection, surtout pour nous qui avions des éléments sur le terrain, il y avait absolument à craindre et je crois qu’on a atteint un seuil de violence quasiment jamais égalé au Bénin dans l’histoire des élections du renouveau démocratique. Non pas que les élections au Bénin, depuis 1990, n’aient pas connu des difficultés, des contestations de la loi, mais celles-là étaient inédites dans nombre de ces manifestations. Et à l’arrivée, nous nous retrouvons également avec une participation, je crois, historiquement la plus faible depuis 1990 et qui est peut-être liée à l’inquiétude des électeurs, aux mots d’ordre de boycott, aux incertitudes que le processus donnait à voir. Au total, je crois que les Béninois n’ont pas retrouvé l’espèce de moments festifs que les élections ont souvent été dans notre pays. Et maintenant que cet écueil est franchi, que force est revenue à la loi en termes de maintien de l’ordre, de liberté d’aller et de venir, il va être important de viser ce qui était au plus profond, ce qui était en dessous de tout ça. Il y a peut-être eu des volontés, la volonté de bloquer le processus, de le remettre en cause violemment. C’est inconstatable qu’il y a eu des échanges de feu et çà c’est intolérable dans une République que des citoyens se soulèvent avec des armes contre leur Etat. Mais il y a la grande majorité des citoyens qui semblent avoir été prise en otage par rapport aux enjeux auxquels ils ne comprenaient pas grand-chose. Et ça, c’est de notre responsabilité commune de faire en sorte qu’on retrouve la célérité, la liberté par rapport aux élections. Même au-delà que la liberté soit aussi celle de notre quotidien parce qu’elle conditionne les initiatives que nous devons prendre, elle conditionne le bien-être d’une société. Donc on ne peut pas se satisfaire de ce qui s’est passé. Il faut chercher les moyens d’aller au-delà, de faire en sorte que ça ne se reproduise plus jamais.

Ralmeg Gandaho : « 2021 a mis à nu certains segments clés du cycle électoral »

Le bilan que nous faisons peut s’appesantir sur l’efficacité des institutions et l’applicabilité de la loi ainsi que des principes auxquels le Bénin a adhéré tant aux niveaux communautaire que régional, qu’onusien. Quand on prend l’efficacité des institutions, on peut dire qu’il y a matière à s’intéresser sur l’avenir de la Céna. C’est vrai il y a une loi, une nouvelle dynamique après la mandature qui s’achève à la Céna. Mais je pense que la Céna a perdu, à mon avis, en efficacité. Que ce soient au niveau de ses outils que des ressources humaines qui l’animent. Je ne sais pas pourquoi mais, il y a 5 ans, quand le chef de l’Etat venait, je crois que notre Oge était l’un des meilleures en Afrique francophone. Je crois quand même que nous avons été célébrés au niveau régional. Mais s’il faut s’intéresser de près à comment la Céna a fonctionné ces dernières années avec ses outils, il faut comprendre que ce n’est pas un bon bilan. Les leviers pour nous, quand il s’agit d’échéance électorale, c’est l’efficacité du programme de gestion électorale. Et sur certains aspects, ça pose problème. J’espère que telles que les organisations inter-gouvernementales, communautaires, régionales et internationales nous l’ont recommandé, il serait intéressant qu’on ait un moment de dialogue, d’échange pour vraiment s’expliquer, mieux comprendre quelle était leur difficulté à mieux appliquer la loi, quelle était leur difficulté à renouveler les prouesses d’antan. Donc çà, la Céna, à notre avis en termes de bilan, je ne sais pas si c’est aussi les dégâts collatéraux de la crispation politique que nous avons traversée ces trois dernières années. Après, il y a la Cour constitutionnelle qui a suffisamment bégayé, a reculé. Elle a manqué aussi d’anticipation. Donc à bien d’égards, par rapport à la Cour constitutionnelle, il y a un souci aussi, c’est-à-dire que il y a un sursaut relativement à la Cour constitutionnelle qu’il faudra au plus vite observer. Comme bilan aussi, les élections de 2021 ont déteint sur la Céna, sur la Cour constitutionnelle, et après on se pose aussi la question sur l’effectivité de l’application de la loi par certains acteurs. Voyez lorsque vous prenez par exemple les partis politiques, le fruit de la réforme du système partisan, c’est clair, tel que le ministre Sèhouéto l’a mentionné, tout le monde depuis 2015, nous avions fait le constat que nous avions un système partisan relativement malade. Il y avait un diagnostic qu’on a tous partagé, après c’est la thérapie qui pose problème. Je pense même que les crises qu’on a gérées ces trois années tirent leur source dans la velléité à conduire les réformes au forceps, c’est-à-dire, certains thuriféraires du système n’hésitaient pas, à pareille occasion, à mentionner la logique de thérapie de choc. Non je pense que quand il s’agit de démocratie, quand il s’agit d’une réforme politique, on ne peut pas mentionner certaines formulations de phrases comme thérapie de choc. Donc la thérapie de choc a pris par-là aussi et après quand vous voyez comment les résultats de cette thérapie de choc par rapport au système partisan, c’est-à-dire les deux partis politiques qu’on devait présenter comme les joyaux de la réforme du système partisan, leur fonctionnement aussi, à des moments donnés, quand on prend l’efficacité d’application des lois, on pense que ces partis se sont même inscrits en rébellion de l’application des lois. Tout le monde y est allé en inefficacité, ou en cavalcade, et vous vous dites que ça pose un problème, c’est-à-dire que 2021 a mis à nu certains segments clés du cycle électoral, les partis politiques, la Cour constitutionnelle, la Céna et puis la société civile aussi, nous avons notre part de responsabilité et on en a tiré l’essentiel parce que nous avons pensé qu’on avait des institutions qui n’allaient pas reculer autant et on n’a pas suffisamment anticipé ou du moins on n’a pas été rigoureux, activiste sur certaines questions et du coup, on a été surpris par l’inefficacité de ces institutions qui devraient en principe conduire à des élections libres, transparentes et inclusives.

Politique – Matin Libre

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