Vœu d’union de l’Opposition: Paul Hounkpè ou le contre « appel de Goho »

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Le chef de file de l’opposition appelle à l’union de l’opposition. « Je demande à nos frères de l’opposition de nous rejoindre », a lancé, il y a quelques jours, le Secrétaire exécutif national du parti Force cauris pour un Bénin émergent. Quel écho favorable pour cet appel qui, à bien des égards, rappelle l’appel de Goho en 1994, mais dans l’autre sens ?

 

En 1994, alors en difficulté au Parlement et pour maximiser sa chance pour une possible réélection, le premier président de l’ère du renouveau démocratique a lancé l’appel de Goho. Nicéphore Soglo voulait que tous ceux qui soutiennent ses actions, à la tête de l’Etat, rejoignent le parti la Renaissance du Bénin créé et dirigé de main de maître par son épouse Rosine Vieyra Soglo. Dans son hommage à l’ancienne première dame, rappelée à Dieu le 25 juillet dernier, Claude Djankaki, ancien collaborateur du président Soglo, a rappelé le sens de cet appel.

«  En effet l’UTR qui compte 12 Députés sur les 63 que compte la première législature avait échoué dans sa mission de faire élire le Président de l’Assemblée Nationale à travers la personne de Maitre Joseph Kèkè, favorable au régime pour un quinquennat apaisé. Aussi, l’attitude peu courtoise du groupe des Députés UTR qui nourrissaient l’ambition de garder les postes clés au lieu de concéder le poste de Premier vice-président à Mr Bruno Amoussou PSD, a t-elle irrité le groupe des 3 que constituaient Maître Houngbedji PRD (4 Députés) Amoussou PSD (trois Députés) Séverin Adjovi RDL(4 Députés) soit un total de 11 Députés à peu près l’équivalent des 12 Députés UTR. Mieux, le Professeur Albert Tévoedjrè voulait-il aussi régler un compte personnel né des nominations sous le régime de transition par le Premier ministre Soglo. Tout ceci, ajouté à cela, le candidat du Président Soglo a été battu le 22 juillet 1991 à la surprise générale après 3 tours de scrutins âprement discutés

Tirant leçon de cet échec imprévisible, Mme Rosine Vieyra Soglo décida de créer son propre parti politique en mars 1992, lors du retour d’un voyage du couple présidentiel en Côte d’Ivoire. À l’occasion, elle reçoit des tirs croisés de certaines personnes conduites par Mito-Baba Florentin un proche du Président Soglo, avec le slogan de l’ère «fonphone » :

Mina sin sô- bo sin sômi- Bo sinsômigo a. La transcription littérale signifie: « nous refusons d’adorer le cheval, sa crotte et sa croûte ».

Le Président Soglo monte au créneau lors d’un géant meeting à la place Goho où il prononça un percutant et mémorable discours en appelant à l’union et à l’unité autour de la RB.

Il refusa à l’époque “qu’on pêche dans son marigot des poissons pour les lui revendre cher ».

Ce rappel de l’histoire politique de l’ère du renouveau démocratique a bien des similitudes avec la situation de l’opposition politique actuelle. Que ce soit Rosine Soglo, l’épouse du chef de l’Etat en exercice qui crée et dirige un parti était déjà mal vu par certains membres de l’entourage immédiat du président Soglo. La fronde était alors menée par l’ancien ministre Florentin Mito-Baba dont le slogan « nous refusons d’adorer le cheval, sa crotte et sa croûte » a fait tache d’huile. La goutte d’eau qui a fait déborder le vase, c’est que le président lui-même appelle à l’union des siens autour du parti de son épouse. Résultat, Nicéphore Soglo n’a pu se faire réélire en 1996. A l’opposition d’alors, très virulente, s’est ajouté le mécontentement de ses soutiens qui étaient contre cet appel à l’union autour du parti la Renaissance du Bénin. Même si les causes d’un échec peuvent être multiples, l’appel de Goho y a sans doute contribué.

Le cas Paul Hounkpè

Si l’appel de Goho autour d’un parti satellite de la mouvance a été un échec pour la suite de la carrière politique de son initiateur, qu’en sera-t-il de l’appel de Paul Hounkpè autour d’un parti dont l’appartenance même à l’opposition est source de polémique? Déjà, l’histoire politique béninoise enseigne que les partis qui tournent autour de la Mouvance au pouvoir sont, de loin, plus nombreux que ceux qui se réclament de l’Opposition. Dès lors, les partis concernés par cet appel peuvent être comptés sur le bout des doigts. Mais la difficulté majeure de Paul Hounkpè réside dans son habit « tout cousu » de chef de file de l’opposition. Il n’est pas accepté en tant que tel aux yeux des autres et surtout de l’opposition radicale. La preuve, il hésite à rencontrer cette opposition radicale depuis qu’il est désigné chef de file de l’opposition. Alors qu’on s’attendait à une rencontre avec les partis comme Les Démocrates, Restaurer l’espoir et autres, c’est à un appel au ralliement qu’on a eu droit. Mais comment réunir des gens vers qui on ne peut aller ? Dès lors, la démarche aussi pose problème. A la difficulté de se faire accepter de tous s’ajoute une démarche qui est loin d’être la bonne. A tout point de vue, tout comme l’appel de Goho en 1994, l’appel de Hounkpè a des chances de tomber dans des oreilles de sourds.

B.H

Politique – Matin Libre

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